Investisseurs et jeux vidéo (compte rendu de conférence)

Compte rendu de la conférence du Game Business Summit
Porte de Versailles, le 17 septembre 2009

 

Edition du 14.12.09 

 

 

Intervenants
 
Christophe Evers – Associé de LD&A (Lorentz, Deschamps & Associés), est une société qui conçoit et met en œuvre des solutions financières pour les PME européennes. LD&A est spécialisée dans le secteur de l’informatique, de l’édition multimédia et des télécommunications. Le cœur de métier de LD&A est de lever des fonds, préparer et mettre en application les fusions acquisitions, gérer les entrées sur les marchés boursiers…

Maël Barthélemy – PDG Virtual Media Agency et de Darkskyne. VMA est une une agence media spécialisée dans la publicité in-game (placement de produits, intégration de campagnes publicitaires dynamiques et création d'advergames personnalisés). Darkskyne est un studio de développement dont le projet en cours (DK Project) propose des solutions innovantes dans la gestion et l’intégration de publicités ciblées.

Benoît de Maulmin – Fondateur d'Interactive Finance. Il est aussi l’un des co-fondateur d’Infogrames. Interactive Finance est une société de services financiers qui propose son expertise en stratégie, placement, acquisitions et propriété intellectuelle. Spécialisée dans les industries high-tech du divertissement électronique, de l'Internet, des nouveaux médias et des biotechnologies, Interactive Finance connaît parfaitement le secteur du jeu vidéo, ses besoins et attractivité financière.

     

Christophe Evers
Christophe Evers
Associé de LD&A (Lorentz, Deschamps & Associés)

Emmanuel Forsans - Directeur Général de l'AFJV - organise et anime cette table ronde.

 

Compte rendu des débats

Après s’être interrogé sur les motivations et les freins à l’investissement en production (table ronde précédente), Emmanuel Forsans propose de débattre autour de l’investissement en capital. A ces côtés nous retrouvons ainsi Benoît de Maulmin (co-fondateur d’Infogrames et fondateur de Interactive Finance), Maël Barthélemy (PDG de Virtual Media Agency et de Darkskyne) et Christophe Evers (Associé Lorentz, Deschamps & Associés, intermédiaire financier).

Il est nécessaire en premier lieu de rappeler la diversité des acteurs de la chaîne de valeur du jeu vidéo. En effet, parler d’investissements dans le jeu vidéo peut s'avérer trop restrictif tant les métiers et les types d’entreprises peuvent être variés, du distributeur au studio de développement en passant par l’éditeur.

Pour Christophe Evers deux éléments primordiaux peuvent décider un investisseur à entrer au capital d’une société de jeux vidéo. Une société attractive doit soit posséder de l’I.P. (propriété intellectuelle), soit développer une technologie propriétaire.

A ce jour l'I.P. est majoritairement détenue par les éditeurs qui ont constitué des portefeuilles conséquents et attractifs. Cependant les choses évoluent et de plus en plus de studios conservent tout ou partie de leur I.P. devenant ainsi plus attractifs.

Benoît de Maulmin
Benoît de Maulmin
Fondateur Interactive Finance

      Benoît Maulmin fait remarquer qu’il existe une autre distinction de taille entre les différentes sociétés de jeux vidéo. Il faut en effet distinguer les sociétés cotées et celles que ne le sont pas. Investir dans une entreprise cotée permet une sortie rapide si l’investisseur le souhaite alors que dans une entreprise non cotée l’investisseur s’engage à moyen ou long terme et ne dispose que de peu de visibilité sur les possibilités de sortie.

Il y a donc plus de risque à investir dans une société non cotée et c’est à ce cas que nous allons nous intéresser plus particulièrement.

Une des solutions préconisée par Benoît de Maulmin pour attirer des investisseurs sur des sociétés non cotées est justement de faire un appel au capital avec comme perspective une entrée sur un marché coté. C’est ce qui s’est massivement passé avec la bulle Internet et depuis son éclatement les investisseurs sont prudents face à ce genre de phénomène.

Avoir une visibilité sur la "sortie" est un facteur important pour un investisseur. L'investissement dans une société non cotée est aux yeux du financier un cul de sac si aucune porte de sortie n’est ouverte. Il faut donc trouver le moyen d’attirer les investisseurs tout en leur proposant une sortie viable et sans perte.

 

L’exemple de Maël Barthélemy et de sa société DarkSkyne est intéressant pour comprendre comment attirer les investisseurs sur une société non cotée. Pour les investisseurs il était important de ne pas se focaliser uniquement sur le jeu vidéo mais aussi sur d’autres activités moins risquées. Ce fut donc la création de VMA, une agence de publicité on line, qui décida les investisseurs. Le package "VMA / Darskyne" a donc été proposé aux investisseurs grâce à la création d’une entité juridique (holding) regroupant les deux sociétés.

Pour attirer les investisseurs il faut leur vendre une sortie du capital qui les enrichisse. Maël Barthélemy a tiré profit du pacte actionnaire qui fixe justement toutes les conditions du "contrat de mariage" et donc toutes les possibilités de sorties selon les différents cas de figure.

On le comprend donc, l’investissement en capital est compliqué à mettre en place pour une société non cotée, en particulier sur un secteur tel que le jeu vidéo.

     

Maël Barthélemy
Maël Barthélemy
PDG Virtual Media Agency et de Darkskyne

Benoît de Maulmin nous amène à nous pencher sur un autre cas de figure. Il prend le cas des studios de production Hollywoodiens des années 50. Les studios ne se résumaient pas au seul métier de producteur de films, ils étaient aussi et surtout des sociétés qui mutualisaient les risques de plusieurs productions en espérant que pour 9 échecs 1 seul succès puisse rembourser les pertes et amener un bénéfice. Le rôle primordiale des studios de production était ainsi de mutualiser les risques en accumulant deux savoir-faire : la production de films et la gestion financière.

Benoît de Maulmin nous explique qu’au début d’Infogrames il s’est inspiré de ce modèle pour convaincre les investisseurs. Il a donc mis en place des portefeuilles de projets qu’il a proposés aux financiers.

Aujourd’hui beaucoup de sociétés du jeu vidéo cherchent des investisseurs pouvant amener de faibles montants alors qu’il est souvent plus facile convaincre avec des projets nécessitant des sommes importantes (de l’ordre de plusieurs millions d’euros). Les sociétés peuvent cependant se tourner vers des investisseurs plus modestes comme les fonds ISF récemment créés. Ces fonds constitués par des particuliers sont destinés à être investis dans des entreprises innovantes ; il ne faut donc pas hésiter à les solliciter.

Il ne faut pas non plus négliger les investisseurs industriels. Leur intérêt est de financer des projets restant dans le même secteur que le leur afin d’avoir une option sur une technologie ou un projet si celui-ci montre un intérêt stratégique à terme.

 

Investisseurs et jeux vidéo (compte rendu de conférence)

 

Quelques conseils

Enfin quelques conseils pour parler la même langue que les investisseurs :

  • comprendre que le principal intérêt de l’investisseur est de gagner de l’argent ;
  • apporter les preuves de son professionnalisme, de la qualité de son équipe ;
  • le business plan doit être clair et montrer comment l'argent investi sera rentabilisé à moyen terme ;
  • faire preuve de transparence ;
  • l’idéal est évidemment que même l’hypothèse basse soit intéressante ;
  • éviter de parler de ses envies personnelles et plutôt évoquer les raisons et les mécanismes qui feront que la société vaudra x fois son prix actuel à court ou moyen terme.

 

Compte rendu réalisé par les élèves de l'EAC

 

 

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