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Création d'une association - Yatl - 07.04.04 Comme beaucoup d'autres, je me forme dans l'espoir de travailler un jour dans le jeu vidéo. En analysant la situation actuelle du secteur en France, on se rend vite compte que la voie est étroite et hasardeuse. Le coût souvent élevé des formations (notamment dans le graphisme) et l'incertitude de l'emploi conduisent sans doute beaucoup de gens à privilégier une formation autodidacte, vide d'encadrement, et potentiellement très sous-productive. Du talent se perd alors que, sur le plan commercial, le marché des jeux PC ne va pas si mal. Il me semble qu'il existe en fait un très gros décalage entre le niveau de ce marché et la mauvaise santé du secteur en France. Au terme de mes réflexions, je me suis demandé s'il ne pouvait pas être intéressant de créer une association de loi 1901 dont le triple objectif serait de réunir des jeunes gens talentueux, autodidactes mais "sur la touche", créer un cadre adapté au partage des savoirs techniques, et enfin former des mini équipes capables de réaliser des prototypes de jeux susceptibles d'être transmis à des éditeurs, soit comme prélude à une création commerciale, soit comme "simple" démo utile à l'obtention d'un emploi sur un autre projet. Je ne sais pas si ce genre d'association existe déjà, mais il me semble que ce serait bien utile. Il y a déjà beaucoup de projets amateurs à travers lesquels des jeunes créateurs cherchent à se faire un nom pour entrer dans le monde professionnel. Mais une association générale avec un site "webring" permettrait de partager l'expérience de plusieurs équipes, fournir une bibliothèque commune d'ouvrages utiles, trouver plus facilement de nouveaux collaborateurs, organiser des réunions conviviales propres à dynamiser les "troupes", trouver des partenaires professionnels à un stade précoce des projets, bénéficier des avantages juridiques d'une personne morale, avoir une meilleure visibilité des sites persos et des projets, obtenir des financements extérieurs, etc. Cette association permettrait, dans l'idéal, de créer un champ d'activité semi professionnelle inédit et très utile pour permettre aux amateurs de franchir le passage délicat vers l'industrie du jeu. Il va de soi qu'un telle association s'adresse à des gens déjà bien formés ; sa vocation n'est pas de concurrencer les établissements et organismes de formation, mais de faciliter les projets et l'accession à l'emploi (qui peut passer, éventuellement, par la création d'un nouveau studio) et, si la structure confirme sa pertinence, dynamiser le secteur dans son ensemble. Comme je l'ai dit plus haut, je ne suis pas moi-même professionnel - et je ne suis pas non plus au fait de tous les aspects juridiques d'une association. Je cherche donc à faire partager mes réflexions et recueillir des avis constructifs pour étudier ensemble la faisabilité d'un tel projet. Je serais également heureux de connaître l'opinion d'acteurs professionnels du secteur pour réfléchir sur les possibilités futures de partenariat (en vue d'esprit, car c'est bien sûr prématuré). Merci d'avoir eu le courage de lire mon long message ;) J'attends impatiemment vos réactions.
P.S. : J'habite sur la région parisienne et il est fort probable que l'association, si elle est créée, ne concerne dans un premier temps que cette zone. Une petite rencontre sur Paris entre les futurs membres fondateurs sera la bienvenue quand le projet sera plus avancé. Olivier - 07.04.04 Il existe déjà une association, Jiraf, mais si tu y tiens à créer une autre, tu peux toujours. Bon courage ! Emmanuel - 07.04.04 Olivier, dis-moi si je me trompe, mais la description suivante ne correspond pas vraiment à Jiraf : "une association de loi 1901 dont le triple objectif serait de réunir des jeunes gens talentueux, autodidactes mais "sur la touche", créer un cadre adapté au partage des savoirs techniques, et enfin former des mini équipes capables de réaliser des prototypes de jeux susceptibles d'être transmis à des éditeurs" Si je lis ce qu'indique Jiraf sur son site : "L'association (...) se veut représentative des acteurs du domaine, afin de défendre et de représenter les intérêts professionnels de ses membres. Les autres objectifs majeurs sont notamment de s'adresser au grand public, afin de valoriser l’univers des jeux vidéo, et de sensibiliser l’opinion sur le fait que le jeu vidéo est une oeuvre artistique." Ce que fais Jiraf est très bien, mais, me semble t-il, n'a rien à voir avec le projet de Yatl. Wolverine - 07.04.04 Salut Yatl, j'ai lu ton long message comme tu le dis ! En ce moment je suis à la recherche d'une formation dans le domaine des jeux vidéo et c'est vrai que c'est la galère pour entrer dans ce milieu ! Alors je me forme tout seul, en autodidacte. Ton projet de créer une association de ce type m'intéresse beaucoup. En tout cas si cette association voit le jour, j'aimerais en faire partie. Benoît - 09.04.04 Très intéressé également. Je suis en train de créer une association pour le développement d'un univers de S.F. Si ça t'intéresse, je pourrais te tuyauter sur le coté légal, car je me suis pas mal renseigné. Et bien sûr, je suis dans le même cas que beaucoup : passionné, mais pour l'instant hors du coup et souhaitant faire quelque chose pour rentrer dans le domaine. L'idée association me paraît pas mal, et pour l'aide qu'elle peut apporter, et pour le coté coopératif, associatif justement. Yatl (auteur) - 09.04.04 Je te remercie, Olivier, de me transmettre l'adresse du Jiraf, que je ne connaissais pas, mais comme le suggère Emmanuel avec pertinence, la vocation de mon projet est très différente. D'après ce que j'ai pu voir, le Jiraf ressemble plutôt à une sorte de "syndicat informel" dont les membres sont par nature des professionnels, et le site est super, quoique l'acronyme formant "Jiraf" soit plutôt "space". Mon projet s'adresse quant à lui à des amateurs très motivés. Plus j'y réfléchis, plus je trouve que ce type d'association pourrait avoir un impact sérieux. Il y a quelque chose de malsain lorsqu'une industrie se transforme - malgré elle - en tour d'ivoire comme ici et que des milliers de gens à la porte bouillonnent pour savoir comment ils trouveront les bons pistons et la meilleure façon de se vendre. Je viens de relire le livre "Break into the Game Industry" d'Ernest Adams : c'est un très bon livre, mais je reste chiffonné par la neutralité morale de l'auteur envers le "networking", la drague des DRH, et autres harcèlements de bluebirds. Cette relation offre / demande me semble excessivement brutale et assimile la capacité de se vendre à un rite de passage qui apparaît rapidement comme nécessaire et vertueux. Pour moi, le seul vrai point sur lequel il faut être combatif, c'est sa capacité à être techniquement et humainement un bon professionnel. Le reste, c'est du folklore libéral. Je crois vraiment qu'il manque une structure transitionnelle entre amateurs et professionnels pour rendre le marché de l'emploi moins brutal et aider les autodidactes isolés à affiner leur savoir et le rendre aussi visible que potentiellement profitable pour les éditeurs et les studios. Il y a beaucoup à réfléchir sur cet espace "gris" du semi-professionnel et du transitionnel dans le domaine du jeu vidéo. Les stages font partie des structures de cet espace gris, mais leur accessibilité très conditionnée et leur impermanence les rendent insuffisants ; il faut autre chose... Mon projet d'association ne demande qu'une chose aux futurs membres, à part, sans doute, une modeste contribution à définir, prouver a minima des compétences suffisantes pour développer une démo ou un prototype en équipe. C'est tout. N'importe quel amateur, fan des jeux vidéo et brillant autodidacte, peut ressentir facilement ce manque de "pont" vers le monde professionnel qui le conduit à se poser perpétuellement les mêmes questions : "Par où dois-je commencer ? Qu'est-ce que je peux faire, maintenant ?". On aura beau lui dire de faire un portfolio, une reel ou un mod pour tel FTS up-to-date ou tel faux-bon RPG (Neverwinter Nights pour ne pas le nommer), d'aller voir les forums "qui comptent", de lire les bons ouvrages sur la question, il continuera à vivre une certaine forme d'incertitude inquiète et la fatalité d'un tâtonnement souvent improductif. Je pense que beaucoup de lecteurs de ces forums ressentent quelque chose de comparable. Percer n'est pas qu'une question de chance et de courage qui nous permettrait d'ignorer ou de mal juger les gens qui n'y parviennent pas. Percer, c'est aussi l'affaire d'un bon accompagnement, et peut-être d'une certaine forme de fraternité. Alors qu'est-ce qu'on attend pour s'associer, les gars ? P.S. : Merci Wolverine de montrer ton intérêt pour le sujet et ton stoïcisme face à ma logorrhée (c'est n'importe quoi mes phrases parfois). Il me semble nécessaire de poursuivre nos discussions sur mail pour nous montrer nos travaux personnels et discuter de sujets plus techniques sur l'association (statuts, etc.). Vincent - 09.04.04 Je trouve ton idée très bonne. Si ça pouvait permettre de créer une nouvelle dynamique dans les jeux vidéo français car en ce moment c'est le plongeons. Si ta proposition est sérieuse moi je suis partant pour faire partie de cette association et même plus, de t'aider à la créer. Je travaille actuellement dans le secteur du jeu vidéo. C'est un secteur plein d'avenir mais la France est en train de rater complètement le coche en partie du fait du manque de convergence entre les formations et la réalité du terrain ; mais aussi tout bonnement du manque de formation. En France on peut compter les formation purement "jeux vidéo" sur les doigts de la main. Le jeu vidéo est un secteur qui n'est pas considéré au niveau professionnel, les gens nous prennent pour des joueurs (pour ceux qui sont dans le jeu tout le monde a dû vous faire au moins une fois la réflexion). Je pense que cette association pourrait être un bon moyen de promouvoir la profession auprès des organismes de formation (FAC, écoles, etc.) mais aussi comme tu l'as dit de permettre de révéler des talents soit pour trouver un emploi soit pour mettre en relation les éditeurs avec les équipes de petits génies qui sommeillent en France mais qui ne peuvent pas se lancer du fait des risques actuels de monter un studio de développement. Ce qui reste à déterminer aussi c'est de savoir si cette association peut être viable car pour développer des prototypes il faut naturellement du matériel, des licences logiciels, des locaux pour l'association, et pour cela il faut trouver des financements. Je ne suis pas expert dans le domaine mais je crois que l'on peut obtenir des aides régionales à ce sujet, je ne sais cependant pas de quel importance. Voilà donc pour tout ceux qui sont aussi intéressés voici mon email. Si on se bat un peu pour le jeu vidéo je suis convaincu que nous pouvons lui faire redresser la tête en France. Florent - 12.04.04 Si j'ai bien compris ton idée Yatl, l'association a pour but de mettre en relation amateurs ou néophytes et professionnels du jeux vidéo. Mais je ne pense pas que ce soit suffisant comme principe. Sans vouloir présumer des intentions et des compétences des uns et des autres, les professionnels n'ont qu'un intérêt limité à fréquenter des amateurs, en dehors de la bouffée de fraîcheurs qu'ils peuvent apporter. Et pourtant ce sont ces professionnels qui vont rendre l'association attractive pour les amateurs. Donc problème. De même, je ne pense pas qu'une telle association puisse faciliter l'embauche de jeunes talents. Comme dit Vincent, le marché est à la fois saturé et moribond en France. Même les "vieux" talents (expérimentés) ont du mal. De mon point de vue, une telle association peut avoir un intérêt si elle permet :
Donc de mon point de vue, cette association devrait être une sorte de bourse à projets, comme l'est de manière informelle ce forum de l'afjv. Avec un site Web structuré, cette association pourrait, par exemple :
Bref, un truc beaucoup plus structuré qu'un forum, qui encourage les projets perso, qui mette en contact ceux qui ont du temps mais peu d'expérience et ceux qui ont de l'expérience mais peu de temps. Et, rêvons un peu, l'association pourrait finir par devenir une mutuelle pépinière de projets : ceux qui aboutissent reversant une partie des bénéfices au trésor de guerre. Ce trésor de guerre étant affecté sur des projets élus par des votes de joueurs sur sites Web spécialisés (Gamekult, afjv, ...) et par l'avis de spécialistes extérieurs à l'association... M'enfin, je m'emballe ! Wolverine - 12.04.04 Moi je suis motivé à l'idée de créer une association. Maintenant c'est vrai que je ne m'y connais pas vraiment dans ce domaine, la création d'une association bien sûr, mais j'aimerais bien mettre mon grain de sel pour que le jeu vidéo en France aille au mieux. Mis à part le fait qu'il faudra du matériel, des locaux, et autres, comme le dit Vincent, il faudrait avoir aussi le maximum de contacts possible avec les éditeurs et autres boîtes de jeux vidéo, être en collaboration avec ces derniers, pour pouvoir être encadrés, conseillés par des professionnels afin que l'association puisse fonctionner dans des conditions optimales. Pas mal de jeunes ont envie de créer des jeux vidéo et font pour cela des Game Designs, moi par exemple. J'ai pensé que cette association pourrait aider ces jeunes à perfectionner leur production afin qu'ils puissent un jour proposer leur réalisation à d'éventuels studios de développement. Maintenant reste à savoir par où commencer pour monter cette association ! Yatl (auteur) - 13.04.04 Merci pour ces commentaires. Ton inquiétude, Florent, est une juste mise en garde bien utile pour tempérer mon enthousiasme et la partialité qu'il occasionne dans ma vision des choses. Tu considères le marché comme saturé et moribond, et tu conclues que l'association aurait du mal à intéresser les professionnels dans une telle situation. Je ne conteste pas le diagnostic, quoique le pessimisme ambiant n'invite pas à ouvrir les yeux sur les rares embellies. Cependant la santé du marché n'est pas seulement déterminée par les bons vouloirs des éditeurs. Et l'association n'a pas pour but de capter une part du gâteau pour ses membres, mais bien d'agrandir ce gâteau, en ouvrant de nouvelles perspectives d'investissement et de profit pour les acteurs du marché. C'est sans doute un peu présomptueux de voir les choses ainsi, d'autant que nous n'en sommes qu'au projet et que la réussite dépendra de l'intelligence et du courage des membres, mais je crois que ça reste logique et réalisable. Les éditeurs ont l'argent (disons leurs banques), mais ils n'ont pas le remède à la sinistrose. Je ne veux pas jouer au chevalier blanc, mais je crois que le secteur est structurellement malade, que dans l'état actuel il ne peut guérir par lui-même - il faut donc trouver quelque chose. Bien sûr l'idée que "les professionnels n'ont qu'un intérêt limité à fréquenter les amateurs" me semble pertinente. La domination en France de quelques grands éditeurs (Ubisoft, Infogrames / Atari, ...) doit en plus engendrer des rigidités voire des "intrigues de cour" pas vraiment favorables à l'exploration de nouvelles voies de développement. Les plus ouverts sur ces questions sont sans doute ceux qui ont les poches vides, c'est à dire les studios indépendants ; alors ça ne facilite pas les choses. L'investissement dans le jeu vidéo s'apparente de plus en plus au système propre au cinéma. Ce n'est pas un secret, mais certains jeux ont désormais un budget de film avec des coûts marketing extrêmement lourds. Hitman 3 est un bel exemple de cette évolution avec un budget de plus de 40 millions de dollars malgré un cycle de développement très court. La séparation fonctionnelle édition / développement se crispe douloureusement et je crois que plus personne ne veut prendre de risques. Je trouverais cependant très dommageable que le jeu vidéo emprunte la voie "maudite" des majors du disque ou du cinéma. Si rien ne change, le marché de l'emploi sera verrouillé en France autour de grands projets et de développeurs "sur-expérimentés", tandis que les projets secondaires seront sous-traités en Europe orientale ou ils génèreront le dynamisme qui nous manque ici ; je ne suis pas opposé à une telle forme de délocalisation, mais il faut tout de même redynamiser le secteur chez nous également. Bon, je le répète: je ne suis pas un professionnel du secteur, alors ma vision des choses est peut-être un peu caricaturale. Mais je ne crois pas que la solution soit à attendre exclusivement des éditeurs, ni de la politique gouvernementale qui a bien d'autres chats à fouetter (et il ne leur manque ni les chats ni les fouets), ni des studios indépendants qui subissent en pleine face le malaise général. Il faut vraiment autre chose, une autre structure. Je ne prétends pas avoir la solution toute faite pour créer cette dernière, mais nous pouvons réfléchir ensemble aux voies à explorer. C'est pourquoi, je te remercie, Florent, de l'ensemble de ton message. Car malgré ta mise en garde, tu montres une forme d'enthousiasme qui conforte mes impressions. Je vais prendre en compte sérieusement tes suggestions. J'ai été pris ce week-end par mon travail "alimentaire", mais je reprends le boulot pour rédiger au plus vite un avant-projet de statuts. Ca nous servira de base de travail. Je vous l'enverrai dès qu'il sera prêt. Pour ce qui est des locaux et du matériel, il faut bien se rendre compte que ce genre d'apport risque de mettre du temps à venir, même si c'est un aspect essentiel de la démarche. Si j'avais l'argent pour faire ça, vous pensez bien que j'essaierais sans doute de monter un studio proprement dit, et pas une association. Il faudra de l'obstination et du temps, et réussir à travailler dans un premier temps sans ces avantages décisifs. Comptez sur moi cependant pour prendre mon bâton de pèlerin dès que la question se posera directement. Bon, il est temps que je retourne travailler sur les pré-statuts. Je réécrirai bientôt, sur ce forum et dans les mails que j'aurai obtenus.
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