Les dossiers et fichiers créés par un salarié grâce à l'outil
informatique mis à sa disposition par son employeur pour l'exécution de son
travail sont présumés avoir un caractère professionnel de sorte que l'employeur
peut y avoir accès hors sa présence.
Faits
M. Le X..., salarié de la société Techni-Soft, a été licencié pour faute
grave le 28 février 2002.
Il lui a été notamment reproché d'avoir crypté son poste informatique, sans
autorisation de la société qui, dès lors, ne pouvait pas consulter les dossiers
commerciaux du salarié.
Contestant son licenciement, le salarié a saisi la juridiction prud'homale le
12 avril 2002. Le litige a par suite été porté devant la Cour d'Appel de Rennes
qui a confirmé la validité du licenciement pour faute grave.
M. le X… a alors formé un pourvoi en cassation.
Décision
La Cour de Cassation rejette le pourvoi formé.
La Cour affirme que "les dossiers et fichiers créés par un salarié grâce à
l'outil informatique mis à sa disposition par son employeur pour l'exécution de
son travail sont présumés, sauf si le salarié les identifie comme étant
personnels, avoir un caractère professionnel de sorte que l'employeur peut y
avoir accès hors sa présence".
Après avoir relevé que M. Le X… avait procédé volontairement au cryptage de
son poste informatique, sans autorisation de la société, faisant ainsi obstacle
à la consultation des dossiers commerciaux par l'employeur, la Cour de Cassation
confirme l'arrêt rendu en appel, et considère que le comportement du salarié
rendait impossible le maintien des relations contractuelles et constituait une
faute grave.
Commentaires
Par cette décision, la Cour de Cassation affirme que sont présumés avoir un
caractère professionnel, les fichiers et dossiers enregistrés sur le poste de
travail du salarié.
Si l'employeur tolère une utilisation par le salarié des outils informatiques
à titre personnel, chaque salarié doit expressément identifier les dossiers ou
fichiers qu'il considère comme étant personnels. A défaut, l'employeur pourra
avoir accès à tout fichier ou dossier non identifié par le salarié comme
personnel. Toute entrave à ce droit d'accès peut constituer une faute grave de
la part du salarié. Cela peut être notamment rappelé aux salariés dans le cadre
d'une charte informatique.
Rappelons, par ailleurs, que la Cour de Cassation avait précédemment jugé,
dans un arrêt du 17 mai 2005 ("Cathnet"), que l'employeur ne pouvait ouvrir les
fichiers identifiés par le salarié comme personnels qu'en présence de ce dernier
ou celui-ci dûment appelé. La Cour énonçait encore que ce principe supporte une
exception : en cas de risque ou événement particulier pour l'entreprise,
l'employeur peut ouvrir les fichiers identifiés comme personnels sans la
présence du salarié.
Cependant, il convient d'attendre une interprétation, par des décisions
futures, du sens à donner à la notion de "risque ou événement particulier".
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