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mardi, 26 décembre 2006

L’Empire du Pixel Levant

Les Japonais et les « RPG »

Une rubrique de Jean-Yves Kerbrat

 

L'Empire du Pixel Levant : Sommaire


Les Japonais et les « RPG »

 

Le Japon de l'après-guerre, le « Nouveau Japon » a produit une génération avide d'histoires porteuses d'espoirs, où les batailles héroïques et le mélodrame tiennent une place prépondérante. Ces aspirations ont eu un impact sur le cinéma, la télévision, les « Mangas », l’animation (la « Japanimation » ou « Anime ») et bien sûr les jeux vidéos.

L'histoire et un contenu émotionnel fort sont des éléments indispensables au succès des produits proposés au peuple Japonais.

Comme les Japonais aiment qu'on leur raconte une histoire riche en émotions, les « RPG » sont logiquement, leur catégorie de jeu préférée. Le but du « RPG » étant de « Vivre une aventure ».

Vous pourriez penser, à raison, que les générations suivantes n’aient pas les mêmes aspirations, mais dans une société professionnelle qui ne laisse pas de place à l’imaginaire, les nouvelles générations ont eux aussi besoin d’univers chimérique, de rêver tant l’échelle sociale pèse sur eux. Voici l’une des dérives de la société Japonaise qui génère ce qui ce fait de mieux en matière de jeu vidéo « RPG », la société Japonaise est paradoxale ! Cela me rappelle une anecdote que m’a racontée l’un de mes amis travaillant au Japon pour une société Française. Directeur Commercial, il rencontrait de futurs acheteurs toujours surpris par son âge, au Japon, un Directeur Commercial ne peut pas avoir 28 ans ! Cela n’empêche pas les affaires mais au Japon, on gravit l’échelle sociale à l’expérience, au dénouement et au respect des « anciens ».

Ce sont ces fameux « RPG » qui sont responsables de la popularisation du marché des jeux vidéos au début des années 80 au Japon. Auparavant, les jeux importés des Etats-Unis (tel « Pong ») étaient disponibles mais pas populaires. L'histoire japonaise des jeux vidéos a réellement commencé avec la Famicom de Nintendo (également connue sous l’abréviation NES).

La console de Nintendo a eu un impact décisif sur les plans commerciaux, sociaux et industriels. Elle a fait passer les jeux de l'arcade au domicile familial. Elle a également inauguré tous les genres de jeux qui persistent encore aujourd'hui.

Profitant du vaste réseau de distribution de Nintendo, la Famicom s'est répandue dans tout le pays.

Mais c’est comme même un jeu, « Dragon Quest », qui en a fait un phénomène culturel.

Après la sortie de ce « RPG », la Famicom était devenue indispensable et les Japonais un peuple de gamers (de joueurs) !

 

Qu’est-ce qu’un RPG ?

« RPG » est l’abréviation de "Role Playing Games" en anglais, jeu de rôle en français.

C’est un jeu de société où les joueurs incarnent un personnage qu'ils ont fabriqué et imaginé à partir d'un contexte et de règles. Les joueurs interprètent librement leur personnage mais un « Mj » (Maître de jeu) les aiguille sur un scénario et limite leurs actions grâce aux règles qui sont données dans le livre de jeu. Les grands romanciers sont souvent l'inspiration première des jeux de rôle, comme J.R.R Tolkien et sa saga du « Seigneur des Anneaux » qui est reprise dans le jeu de rôle « Jeu de Rôle dans les Terres du Milieu ». On y trouve aussi Lovecraft et ses romans d'enquête et d'horreur contemporaines ou encore « Star Wars ».

Le précurseur des jeux de rôle (RPG) est le fameux « Dongeon & Dragon », un jeu de guerre (wargame) fantastico-médiéval qui se jouait avec des figurines en plomb dans un univers fantastico-médiéval.

Mais il ne faut pas confondre « RPG » avec les « Last Action Role Playing Game », qui sont certes des jeux de rôle, mais au deuxième degré, ils tirent leur essence dans la plus pure lignée des films « Last Action Hero » ou « True Lies ». Les personnages incarnent des héros de films d'action tels que « The Shadow », « Batman » ou « Robocop ».

 

Comment sont créés les personnages ?

Les personnages sont créés à partir de « Feuille de personnage ».

C'est une feuille de papier, sur laquelle sont déjà inscrits des noms, des chiffres et des cases. Les noms sont des qualités des personnages, comme la Force, l'intellect ou encore des capacités apprises (ce que l’on appelle expérience), comme la magie ou le déguisement. Les chiffres sont des scores de bases. Chaque personnage possède ces mêmes scores, quelle que soit l'époque, l'âge, la condition sociale du personnage que vous avez choisi d’incarner (un guerrier, un elfe, un magicien, …). Par exemple, tout être bien portant sait courir, chacun a donc 40 % dans la case « courir » sur sa feuille de personnage. C'est une base. Enfin, il y a plein de cases vides que vous pouvez remplir grâce aux règles qui vous sont données dans chaque « RPG ». Tous ces scores que vous notez vous serviront plus tard à faire exécuter des actions à votre personnage dans les scénarios. C'est donc important et essentiel.

 

Comment joue-t-on à un « RPG » ?

Vous incarnez un ou plusieurs personnages, ce sont donc vos choix qui dicteront les conséquences sur l’histoire et sur vos personnages. Pour bien comprendre, prenons l’exemple d’un livre jeu, qui ressemble beaucoup aux « RPG ». Vous incarnez John Fitzgerald Kennedy. Quand l’histoire débute vous avez vingt ans et vous êtes à l’aube d’une carrière prometteuse, qu’allez-vous faire ? Refaire l’histoire et changez le destin de John Fitzgerald Kennedy ? Quels seront vos choix et quelles seront leurs conséquences sur l’Histoire ? Pourrez-vous éviter ou gagner la guerre du Vietnam, lutterez-vous contre la Mafia et le pouvoir croissant de la C.I.A au risque de vous faire assassiner à Dallas ? Tout dépend de vous et de vos choix ! Vos choix sont guidés par des rencontres avec de grands personnages de l’Histoire, des questions ou via un dé car comme dans chaque aventure, il y a une part de chance. Dans tous les « RPG » de table (en référence à la table de jeu), vous trouverez aussi un dé, un dé un peu spécial créé pour jouer aux jeux de rôle qui servira aussi lors des combats que vous aurez à gagner.

 

Qui arbitre les « RPG » ?

C’est le Meneur de jeu (abrégé Mj). Le Meneur de jeu connaît toutes les règles et tranche les contentieux car, il est aussi créateur du scénario et des « Pnjs » (Personnages non-joueurs) et enfin conteur. Son rôle est primordial, il assume le jeu d'acteur pour tous les « Pnjs » et décrit les actions, l'intrigue, le décor, l'ambiance.

Il y a un Meneur de jeu par jeu, comme il n'y a qu'un metteur en scène de théâtre pour une pièce.

La meilleure comparaison pour mieux comprendre le rôle primordial du Mj est celle du metteur en scène de théâtre. Comme dans toute pièce de théâtre, il y a des acteurs, ces derniers sont les joueurs. Les personnages de la scène sont comme les personnages du jeu de rôle. Le metteur en scène créé ou adapte un scénario, il devient directeur d’acteurs, il dirige les actions des joueurs en leur disant ce qu'ils peuvent faire et ce qu'ils ne peuvent pas faire. Il fait intervenir de toutes sortes de figurants pour pimenter l’histoire, le jeu. Une différence, le Mj joue tous les figurants et les personnages principaux de son scénario (second rôle, grand méchant, …). Ces personnages joués par le Mj ne volent pas la vedette aux joueurs acteurs, mais s'opposent à eux dans le cadre du scénario.

Le « Mj » n'est donc pas là pour diriger les joueurs mais pour les orienter dans un scénario et un monde donné, par des règles, des conseils, des descriptions.

 

Que sont les Pj(s) ?

Dans le cadre d'un RPG, on parle de « Pj » pour parler d'un joueur ou de son personnage. « Pj » est l’abréviation de Personnage joueur. Un « Pj » peut devenir un Mj, à lui de définir son monde, son scénario et ses règles.

Dans un « RPG », vous pouvez et vous devez vous battre pour parvenir à votre but, au but fixé par le scénario. Mais le combat n’est pas le seul atout des « RPG » ; vous incarnez un ou plusieurs personnages et pour arriver à votre but, vous devez impérativement faire évoluer ces derniers, c’est ce que l’on appelle la procédure d’apprentissage des personnages.

La procédure d'apprentissage des personnages c’est, par exemple, l'acquisition de tout un tas de possibilités au combat (magies, invocations, techniques spéciales, protections de statut, etc...) qui se feront par l'intermédiaire des armes et armures que vous portez. Si vous portez une armure qui fait apprendre la magie "Feu", vous pourrez faire cette magie en combat tant que vous porterez cette armure. Si vous l'enlevez, vous perdez alors cette capacité à moins d'avoir porté l'armure assez longtemps pour apprendre définitivement la magie. Mais ce n'est pas tout... Vous disposez d'un certain nombre de points spéciaux à attribuer à ces capacités apprises ou disponibles, à vos d’en faire bon usage !

 

Et les Pnj(s) (personnages non-joueurs) ?

Le Mj interprète une quantité importante parfois de personnages différents, tous ceux qui ne sont pas joués par les joueurs mais qui sont essentiels au scénario. Tous ces personnages sont donc appelés Pnjs puisqu'ils ne sont pas joués par des joueurs.

 

Dans quel univers se joue un « RPG » ?

Un jeu de rôle est un monde fantasmatique, imaginaire. On joue en général au rythme du scénario. Un scénario peut s'étaler sur plusieurs séquences de jeu. Un ensemble de scénarios qui possèdent un lien logique entre eux s'appelle une campagne. Les campagnes regroupent les mêmes Pjs ou se déroulent dans un même endroit et très souvent les deux. Un scénario très long peut aussi être nommé campagne. Il n'est pas rare qu'une campagne se déroule sur plus d'une année, voir plusieurs années. Le Mj doit alors avoir de l'imagination à revendre...

Mais dans chaque « RPG », vous trouverez une constante, la carte du monde dans lequel vous évoluez. Cette carte représente l’univers dans lequel vous jouez et les différents lieux où vous pouvez vous rendre.

 

Comment se présentent les « maps » d’un « RPG » ?

Les tirets représentent les chemins que peuvent emprunter les joueurs.

 

Comme vous pouvez le constater, le joueur peut se déplacer où bon lui semble. Mais certains lieux lui sont clos. Pour pénétrer dans ses lieux, le joueur devra utiliser la force de son personnage pour tirer ou pousser des obstacles ; sur la feuille de personnage, le joueur doit donc regarder la Force de son personnage. Mais il peut aussi utiliser d’autres particularités de son personnage comme l’agilité à ouvrir une porte, à grimper sur un mur, etc.

Le joueur peut aussi pour faire « grandir » son personnage, augmenter ses capacités (son expérience) en ramassant des objets, par exemple une bague magique pour accroître son capital magie dont il aura besoin pour vaincre l’un des boss, l’un des méchants dont la seule faiblesse est la lumière qui l’aveugle, lumière provenant de la bague magique !

Sur cette carte, vous voyez un Pnj, le « Portier du temps » avec lequel le joueur doit discuter pour obtenir de plus amples informations sur le lieu.

Le « RPG » est un jeu d’aventure et de tactique…

 

Comment mesure-t-on le temps dans un « RPG » ?

Le Temps de jeu utilise les unités du temps réel, heures, jours, années. Mais le temps réel ne peut s’appliquer dans un monde imaginaire ! Ce temps est alors évidemment élastique et le Mj ou les joueurs peuvent très bien faire passer plusieurs années à leurs personnages en quelques minutes de Temps réel.

 

Quel est le but du jeu « RPG » ?

Un RPG est un jeu de rôle est un jeu dans lequel vous incarnez un, ou plusieurs héros. Vous êtes alors généralement confronté à une situation héroïque : sauvez telle ou telle personne, voire l'humanité tout en cherchant à pourfendre les plans diaboliques du méchant, voilà votre quête, votre « Quest ».

Bien sûr, des variantes existent, il suffit que le scénario soit un peu futuriste ou historique pour que les objectifs changent.

 

Quel est le système de jeu dans un « RPG » ?

Le système de jeu est pratiquement identique à chaque fois : une phase de recherche vous permettra de découvrir ce que vous aurez à faire ou encore de connaître la prochaine direction à prendre. Des phases de combat « animeront » vos déplacements. Dans les phases de combat, il vous sera demandé, lorsque votre tour (ou round d'action) viendra, de choisir une action parmi plusieurs : attaquer à l'arme, utiliser un sort magique ou encore un objet.

Le système de jeu peut être appelé « Game Design » du jeu.

À chaque montée de niveau (palier d’expérience) correspond un gain de pouvoir, à l’augmentation d’un pouvoir existant, ou d’un talent ou à l’augmentation d’un talent existant, ou de ses caractéristiques. Le joueur sait que sa capacité à joueur souvent et à résoudre questions, énigmes, à pratiquer l’entraînement, à gérer certains lieux, à aider, à agir dans certaines situations, vont lui faire acquérir des points d’expérience qui lui permettront de développer de nouvelles choses pour enrichir son personnage. Le gain de puissance ainsi obtenu lui permet de garder en main son destin, ou le destin des personnages sous son contrôle, le but du jeu de rôle.

Cette montée de niveaux est échelonnée en paliers, de manière à ce que les premiers niveaux soient faciles à obtenir, pour montrer au joueur quels sont les bénéfices presque immédiats de sa progression. Les niveaux intermédiaires nécessitent des efforts dans le niveau de réflexion ou d’action (des efforts dans le sens de jouer plus). Les niveaux supérieurs nécessitent un amoncellement gigantesque de points d’expérience pour toucher aux plus hauts pouvoirs, compétences, talents, etc. Ces hautes compétences, talents, pouvoirs sont d’une extrême rareté et très précieux ainsi que divisés pour que le joueur doive se retrouver devant un dilemme de choix de compétences à chaque nouveau niveau. Ce dilemme l’incite à recommencer sans cesse de nouveaux personnages pour essayer encore et encore les combinaisons possibles qui s’offrent à lui.

Dans chaque palier, vous vous retrouverez face à un « boss » (un méchant) qu’il faudra vaincre pour continuer le jeu et ainsi le terminer. Au début du jeu, vous trouverez un « boss » de niveau 1, puis un « boss » de niveau 2 et ainsi de suite, ce principe permet une vision précise des buts par l’action / réflexion rapide. Les personnages gérés par le jeu sont visibles et donc physiquement représentatifs des progressions.

Je vous propose de mieux découvrir les « secrets » de la réussite Japonaise en matière de « RPG » vidéo en examinant 3 de leurs plus gros succès, la saga « Final Fantasy », « Legend of Zelda » et « Shenmue ».

 

Suite ...

 

[Jean-Yves Kerbrat] - Cette rubrique hebdomadaire est extraite du manuscrit écrit par Jean-Yves Kerbrat : "L'Empire du Pixel Levant" - Les éditeurs potentiellement intéressés par la publication de cet ouvrage peuvent contacter Jean-Yves Kerbrat directement par email