afjv.com
   
Agence Française pour le Jeu Vidéo

mardi, 26 décembre 2006

L’Empire du Pixel Levant

Les « RPG » dans l’univers du jeu vidéo (V)

Une rubrique de Jean-Yves Kerbrat

 

L'Empire du Pixel Levant : Sommaire


« RPG » vidéo, un véritable enjeu dramatique

L’enjeu dramatique d’un film est : Quel est l’argument du film ? Quelle en est l’intrigue ?
En fait, de quoi s’agit-il ?
Mais il ne faut pas confondre l’enjeu dramatique et la prémise. La prémise fait état du point de vue sur le sujet. L’enjeu dramatique, c’est le sujet en soi !
Cela réussira-t-il ?
Dans « Papillon », adapté pour le cinéma par Dalton Trumbo, l’enjeu dramatique est : Celui-ci pourra-t-il s’échapper d’un bagne où personne n’a jamais réussi à s’évader ?
Dans n’importe quel film basé sur une compétition, comme Rocky, l’enjeu dramatique est présent, Rocky va-t-il gagner le match ? Va-t-il malgré tout devenir champion du monde de boxe ?
Dans n’importe quel film de guerre, l’enjeu dramatique est : pourrons-nous tenir nos positions ? Pourrons-nous débusquer l’ennemi ?
Mais l’enjeu dramatique peut aussi se combiner avec un objet palpable (tangible stake). Cet objectif peut être un simple objet ou un trésor par exemple, concrétisant l’enjeu dramatique comme dans « The Maltese Falcon » (Le Faucon Maltais), l’objet en question est un faucon en or massif.

L’enjeu dramatique dans « Shenmue » : Ryo Hazaki réussira-t-il a venger la mort de son père ?
Dans « Legend of Zelda », The Wind Waker, « Link », c’est-à-dire vous, arrivera-t-il à retrouver la prisonnière de votre futur ennemi de toujours, Ganondorf ?
Dans « Final Fantasy VI », l’enjeu dramatique est : arriverez-vous à empêcher Gesthal de contrôler le monde ?

Au cinéma, il est difficile d’introduire plusieurs enjeux à la fois dans un même film.
Tout comme il faut éviter de conduire deux récits parallèlement. En revanche, on peut avoir plusieurs personnages en quête d’un même objet.
Et l’intrigue fonctionne le mieux lorsque le personnage central (le héros) s’efforce de trouver l’objet et que le principal ou les principaux antagonistes essaient de l’en empêcher.

Cette phrase résume très bien la quête du ou des héros de « RPG » vidéo, hors c’est une phrase de scénariste de film !

Comme un « RPG » vidéo est un ensemble de séquences, même de petites histoires qui mènent au but final, le « RPG » vidéo introduit comme au cinéma dans chaque palier un enjeu concret. Il est à noter qu’un jeu de rôle doit se jouer sur plusieurs heures alors qu’un film sur 90 minutes.

Cet enjeu concret s’appelle au cinéma le « McGuffin », c’est souvent un objet dans les films où le mystère et le suspense occupent une place prépondérante, dans les thrillers, les films policiers, les films d’aventure et les films d’espionnage.

Dans un « RPG », il y a un « McGuffin », dans chaque palier, chaque niveau car un « RPG » vidéo, c’est un « film interactif » d’espionnage, d’aventure, d’actions, etc.

Il suffit pour cela de lire les résumés des « RPG » vidéos Japonais.

 

  • Exemple 1 : « Final Fantasy I »

Le monde se meurt. Le peuple attend quatre héros pour sauver le monde.

Vous êtes un de ces héros, un des guerrier de lumière. Les trois autres vous accompagnent tout au long de votre quête. Vous attribuez une classe à chacun des persos (guerrier, voleur...)

Au fil de votre progression, vous découvrirez la véritable raison du chaos : quatre démons élémentaires (eau, terre, feu, air)...

Du moins c'est ce que vous croyez, car un véritable démon, se révèle...

 

  • Exemple 2 : « Dragon Quest : Dai no Daibôken »

Autrefois, le monde était dominé par le roi du mal, mais celui-ci a été vaincu par Ivan, ; devenu alors un héros légendaire. Des monstres existent encore, mais vivent en paix avec un sage qui a recueilli un bébé abandonné « Fly ». « Fly » suit l'enseignement de son père adoptif, mais reste peu réceptif au maniement de la magie.

C'est pourtant un chevalier du dragon, un être surnaturel, mais il est encore trop jeune pour maîtriser ses pouvoirs. Son esprit combatif est toutefois déjà très important. Il parvient à déjouer un complot contre « Léona », la princesse du « Papulinka » qui devient alors son amie.

La véritable histoire commence lorsque le roi du mal est ressuscité et envoie les six armées des ténèbres à l'assaut du monde. Les monstres de l'île de « Fly » sont sauvés de l'emprise de l'esprit du mal grâce à l'intervention d'Ivan, le héros légendaire, accompagné par son élève, « Pope » dont la spécialité est la magie. Ivan donne à « Fly » un entraînement intensif afin d'affronter les armées du mal. « Fly » fait d'énormes progrès, mais ne parvient pas au stade ultime de connaissance atteint par Ivan. Il n'en a pas le temps…

L'île est en effet attaquée par « Hadora », le roi du mal en personne. Pendant ce terrible combat, Ivan se sacrifie tandis qu'Hadora, grièvement blessé, bat en retraite. Fly et Pope décident alors de quitter l'île pour décimer les armées du mal et venger leur maître…

Ou bien de regarder les solutions de « Legend of Zelda », « Ocarina of Time ». Dirigez-vous vers le nord, où il y a deux bosquets de buissons de chaque côté du chemin. Coupez les pour obtenir 5 roupies (vous en aurez besoin) et continuez dans l'entrée de la caverne. Sautez d'une plate-forme à une autre jusqu'à l'entrée. Une courte séquence animée montrera Link qui tombe dans un précipice. Vous retrouverez Skull Kid, qui flotte dans les airs à proximité. Il invoquera un sortilège qui changera Link en Deku.

Lorsque vous reprenez contrôle du personnage, ouvrez la porte et continuez dans la pièce suivante. Utilisez les fleurs pour vous propulser dans les airs où vous pourrez flotter durant un certain laps de temps. Utilisez les fleurs pour volet de plate-forme en plate-forme jusqu'à la pièce suivante.

La pièce suivante contient les mêmes fleurs, mais les plates-formes sont beaucoup plus hautes. Volez jusqu'à la deuxième plate-forme pour obtenir10 noix Deku et ainsi de suite…

Vous comprenez mieux dorénavant pourquoi je parlais du parallèle entre un film comme Indiana Jones et les « RPG » vidéo.

 

Des antagonistes comme on les aime !

Au cinéma, l’antagoniste, auquel se trouve confronté le héros, s’imagine, lui aussi, qu’il a raison, qu’il est tout aussi valable que le héros, qu’il n’est pas moins héroïque que le héros. C’est pourquoi, les scénaristes passent autant de temps à construire la personnalité de l’adversaire que celle du héros en titre. Lui aussi a droit à sa dignité. Il doit être même plus fort que le héros. Ainsi il constituera un véritable défi, il formera un élément dramatique. Si le héros semble trop fort, trop puissant que son adversaire, il y a peu de chances qu’il en résulte une situation conflictuelle. Tout le monde saura d’avance que le héros l’emportera. Mais si le « mauvais » est grand, fort et malin, là une situation dramatique naît. Surtout si le héros semble ne pas être à la hauteur ! Bien entendu, tout le monde sait que le héros finira par gagner, mais l’antagoniste constitue un tel obstacle que l’issue du combat reste incertaine. C’est pour cela que le spectateur renonce de bon gré à sa propre logique. Il sait que le héros vaincra, mais il veut savoir comment celui-ci compte si prendre pour arriver à ses fins.

Dans tous les « RPG » vidéo et notamment dans « Legend of Zelda » où le héros, « Link », est un enfant, les adversaires, les méchants sont tous plus forts que le ou les héros.

Dans ce cas, le joueur se demandera alors comment faire pour vaincre le méchant, vu que c’est lui qui contrôle le héros, son destin, son aventure !

 

Modification du héros

Le changement du héros est le facteur primordial de toute œuvre dramatique, cinématographique. Le héros doit sortir grandit de son expérience. Dans le film,‘The wizard of Oz », (« Le magicien d’Oz »), le récit tout entier est basé sur ce principe : l’homme en tôle veut avoir un cœur, le lion peureux veut devenir un véritable fauve, l’épouvantail veut posséder un cerveau et « Dorothy », elle aussi veut changer quelque chose : elle veut rentrer à la maison ! le changement constitue ici la thématique du film, et la morale de l’histoire c’est que le changement fait partie intégrante de nous-même.

Lorsque « Dorothy » rentre chez elle, elle a changé grâce à l’aventure qu’elle a vécue, même en rêve ou plutôt en cauchemar.

Là aussi, nous retrouvons ce principe dans les « RPG » vidéo Japonais. Les héros de « Final Fantasy » changent à la fin du jeu, tout comme Ryo dans « Shenmue », sans oublier « Link » dans « Legend of Zelda », ni « Dragon Quest I », dans lequel on découvre dès le premier épisode les éléments qui feront le succès de la saga : un système de combat à la première personne et un système d’évolution des personnages. Tout comme dans un film, le héros, confronté à des situations, grandit grâce aux capacités apprises durant le déroulement du jeu comme la magie, l’art du déguisement, etc.

 

Conclusion

Le « RPG » vidéo répond donc aux mêmes contraintes scénaristiques que les films.

Ils peuvent donc être considéré comme des œuvres d’art à part entière.

On peut, bien sûr dire que les créateurs Japonais de « RPG » vidéo ont pris l’essence filmique pour créer leurs jeux, ou même ajouter qu’ils se sont servi des films que les Américains ont apportés avec eux après la seconde guerre mondiale.

Comme je l’ai dit, c’est le brassage culturel qui a fait naître le « Nouveau Japon » et de ce « Nouveau Japon » sont nées des aspirations que seuls les « RPG » pouvaient répondre.

Cela serait aussi sans compter avec l’influence des « Mangas » sur les jeux.

Nous avons vu que le Japon a su utiliser les « Mangas » de science-fiction comme exutoire d'une violence tellement décriée et comme exutoire de frustrations sociales. Il en est de même pour les « RPG » qui incorporent dans leurs jeux des phases de combat proche des jeux de combat.

Il est important de connaître une anecdote sur « Shenmue », au départ ce jeu devait s’appeler « Project Berkley » au tout début, car l'idée de départ qui était de créer un « Virtual Fighter RPG ».

Dans la même idée, les « RPG » incorporent des phases de jeu de plate-forme car qui n’a pas rêvé un jour d’être un héros volant, déjouant tous les pièges ?

Le « RPG» vidéo est tout d’abord un phénomène de société Japonais, c’est nous, Occidentaux qui sommes aller chercher ces jeux qui contiennent tous les indices des maladies de ce siècle (de toutes les sociétés et cultures, occidentales et orientales), soif de pouvoir, guerres, etc.

Du mélange des cultures, du brassage de celles-ci sont nés de véritable chef d’œuvres.

Les héros de « RPG » vidéo sont les héros de demain et tous les parents de toutes les sociétés aimeraient que les enfants de demain soient comme les héros de « RPG » vidéo, c’est-à-dire, bienveillants, justes, ayant le sens de la propriété, de la sagesse, de l’altruisme et de l’honnêteté, pour un monde meilleur.

Quant à ceux qui pourraient dire encore que les Japonais sont des fourmis copiant ce qui ce fait de mieux, je leur réponds, que pensez-vous de « Matrix », un film américain. « Matrix, » c’est le monde réel comme un jeu vidéo.

Andy et larry Wachowski, les deux frères réalisateurs de Matrix, adorent les jeux vidéos. Du coup, leur film ressemble à un parcours de jeu vidéo où le héros (Neo) doit franchir des obstacles pour accéder aux différents niveaux du film, comme dans un jeu vidéo !

Le téléphone, utilisé comme un joystick, fournit accessoires et infos aux personnages. Et les scènes d’action évoquent des séquences de jeux vidéos, Neo et Morpheus s’affrontent comme dans Tomb Raider et font exploser les murs comme Super Mario ! Matrix est devenu un jeu vidéo nommé « Enter the Matrix !

Avec Matrix, le film d’action traditionnel a pris un coup de vieux. Les réalisateurs ont eu la bonne idée de surfer sur la vague du cinéma asiatique qui fait des ravages à Hollywood depuis quelques années. Ils ont fait venir de Hong Kong l’entraîneur de Jackie Chan. Pendant 4 mois, les comédiens ont suivi un entraînement intensif. Ils ont même appris le Kunk-fu. Résultat : ils s’élèvent dans les airs et retombent sur leurs pieds comme de vrais félins. La réussite est telle que Matrix a créé un effet de mode. Plus aucun film d’action n’ose se passer des arts martiaux. Le moindre combat ressemble à un ballet de Shaolin ou à une animation du fabuleux animateur Xiao (que je vous invite à découvrir sur Internet).

Cet exemple montre bien, encore une fois, que c’est le mélange, le brassage des cultures qui fait les meilleures œuvres ! Le « Nouveau japon » en est la preuve certaine ! Que les « fourmis » se sont transformées en papillons !

J’oubliais ceux qui pourraient encore dire que les Japonais créent de véritables sagas avec leurs jeux « RPG » vidéo pour gagner encore plus d’argent et exporter leur culture.

Comme pour le cinéma, quand un « RPG » fonctionne bien et plaît aux joueurs, le jeu évolue dans le temps, avec une quête différente et un héros qui grandit au fur et à mesure de l’évolution de la saga. On retrouve le même phénomène de saga dans les séries télévisées « Star Trek » ou au cinéma, comme la saga « Stars Wars » de Georges Lucas ou encore « Star Strek » ou encore « Planet of the Apes (La planète des singes).

Les « RPG » vidéo parlent aussi de science-fiction qui révèle les aspects négatifs de notre société, ce qui fait qu’ils sont un peu moralisateurs et qui pourrait s’en plaindre pour ses enfants ?

 

Suite ...

 

[Jean-Yves Kerbrat] - Cette rubrique hebdomadaire est extraite du manuscrit écrit par Jean-Yves Kerbrat : "L'Empire du Pixel Levant" - Les éditeurs potentiellement intéressés par la publication de cet ouvrage peuvent contacter Jean-Yves Kerbrat directement par email