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Les jeux dominant l'eSport aujourd'hui seront-ils ceux qui feront de l'eSport un spectacle de masse ?

Par Pascal Luban - Freelance Creative Director & Game Designer


eSportIl y a peu de doutes que l'eSport deviendra une importante forme de loisirs et générera un intérêt massif auprès du grand public, à l'instar du football, du tennis ou des courses automobiles aujourd'hui. Mais quels jeux seront les grands gagnants ? Lesquels attireront les plus grandes foules ?

Je ne suis pas sûr que les leaders actuels, comme League of Legends ou Counter Strike - GO, seront ceux qui feront basculer l'eSport vers un loisirs de masse car ils ne répondent pas aux critères qui font le succès des vrais sports pour spectateurs.

Un bon sport pour spectateurs doit d'abord être facile à comprendre par des gens qui ne le pratiquent pas. Pour que cela soit le cas, le rythme du jeu doit être suffisamment lent pour que les spectateurs en comprennent les règles de base rien qu'en regardant une partie.

Ensuite, un spectateur qui ne connaît pas le jeu en détail doit être capable d'en apprécier les exploits des joueurs ; il n'est nul besoin d'être un joueur amateur de football pour apprécier la beauté d'un dribble, d'une belle passe ou d'un but marqué de loin.

Enfin, un spectateur doit pouvoir profiter d'une vue globale sur ce qui se passe sur le terrain ; c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est plus instructif de visionner un match de foot depuis le stade plutôt que sur un écran.

Manifestement, la majorité des jeux utilisés en eSport ne répondent pas à ces exigences. Si nous voulons que l'eSport devienne un loisir de masse, il nous faut concevoir des jeux en ayant en tête les attentes des spectateurs et pas seulement celles des joueurs.

Des jeux qui répondent à ces exigences existent, il s'agit des adaptations de jeux existants comme le tennis ou le football. Pourraient-il devenir les futurs stars de l'eSport ? Probablement pas en raison de la concurrence de ces sports dans la vraie vie.

Je pense que les gagnants de l'eSport seront des jeux offrant un mélange de situations que les spectateurs comprendront et d'éléments imaginaires comme ceux que les industries du jeu ou du film savent offrir. Il y a quelques années, j'ai travaillé comme lead level designer pour le compte d'Ubisoft sur les versions multijoueurs de Splinter Cell - Pandora tomorrow et Chaos Theory. Stéphane Faureau, qui dirigeait le studio à cette époque, avait alors la vision d'utiliser notre jeu multijoueur comme support de compétition.

Pourquoi y songeait-il ? A cause d'une opération de communication particulièrement brillante qui avait été monté par le service marketing d'Ubisoft. Pour le lancement de Splinter Cell - Pandora Tomorrow, ils ont organisé une compétition entre les côtes américaines Est et Ouest. Situés dans deux cinémas qui avaient été réservées pour l'occasion, deux équipes de deux joueurs chacune s'affrontaient. Notre mode multijoueur reposait sur des gameplays asymétriques ; les attaquants et les espions étaient furtifs mais mal équipés pour le combat ; à l'inverse, les défenseurs et les mercenaires étaient moins mobiles mais disposaient d'un grande puissance de feu et de moyens de détection. En dépit de cette complexité, le jeu du chat et de la souris auquel se livraient les deux camps était pourtant facile à comprendre par des spectateurs qui n'avaient encore jamais joué au jeu. L'excitation de ces audiences nous a alors fait comprendre que notre mode multijoueur avait le potentiel pour devenir un bon sport de spectateurs.

Je pense que nous avions découvert, sans nous en rendre compte, les caractéristiques de design d'un jeu adapté au sport électronique de spectateurs.

Pascal LubanPascal Luban
Freelance Creative Director & Game Designer
plubangamedesignstudio.com


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Publié le 22 octobre 2017 par Emmanuel Forsans

Commentaires des lecteurs

Lord_Inquisitor
Lord_Inquisitor
25 octobre 2017
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Les jeux de combats (Street Fighter en tête) répondent déjà largement à ces critères : l' aire de jeu entièrement visible, une compréhension immédiate du rapport de force par le spectateur (la barre de vie qui défile est particulièrement explicite), un côté spectaculaire même pour le néophyte (les enchaînements de coups, les furies... assurent le show, même lorsqu' on ne sait pas toute la maîtrise technique qu' elles exigent manette en main).

Un point que tu n' évoques pas mais qui est indispensable selon moi pour la réussite d' un spectacle grand public: ces jeux disposent par ailleurs d' une communauté de commentateurs (Ken Bogard par exemple) dont la tonicité et l' érudition n' ont rien à envier à nombre de commentateurs de sports traditionnels. Difficile de ne pas frissonner à la vue d' un match ainsi commenté, même lorsqu' on a jamais joué au jeu.

Dans un genre très différent, je me suis aussi surpris à suivre une compétition de Trackmania toute une soirée, alors que je n' avais jamais joué au jeu... mais en effet parce que le spectacle était immédiatement compréhensible.

Maintenant, je me demande si la complexité du gameplay n' est pas aussi ce qui fait la saveur toute particulière de l' esport. Un joli "move" à Starcraft ou League of Legends a ceci de grisant qu' il implique une prise de décision et une exécution qui reposent sur la maîtrise en temps réel d' un nombre de paramètres tout bonnement hors de portée d' un joueur ordinaire. D' une certaine manière c' est beau parce qu' on ne comprend pas tout à fait comment ils font :-) Et c' est le genre de performance que seul le jeu vidéo peut offrir.

En fait ton article me donne vraiment à réfléchir : je me demande si l' esport ne perdrait pas une large partie de son intérêt en concédant de sa complexité au profit de la compréhension par tout un chacun.

Et si, donc, il a véritablement vocation à devenir un spectacle grand public.

Rastasqr
Rastasqr
25 octobre 2017
Répondre
Je trouve l'article interessant parce qu'il ouvre le débat.

Le baseball, le cricket, le football americain, le rugby, voire même le basketball sont des sports aux règles complexes, parfois difficiles à appréhender pour le profane. Je ne crois pas que la complexité des régles nuisent à ces sports de masse. Idem pour le jeu vidéo.
Peut-être aussi doit on faire la distinction entre sport de masse par sa pratique et sport de masse par son audience?
Que veut dire sport de masse ? Au bout du compte les sports de glisse comme le surf attire une audience de plusieurs millions de spectateurs pour voir les finales sur les vagues d' Atà Pui. Ce sport a ses films, ses heros, ses commentateurs experts, un eco-systéme trés professionalisé et profitable. Est-il un sport de masse ? :)
Bref, c'est la passion du jeu l'ingrédient ultime pas les règles.
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