| Hiroshi Yamaushi est clair, Nintendo doit être
synonyme de qualité et de jeux familiaux. La stratégie commerciale de
Nintendo est simple : inonder le marché avec des consoles de qualité mais
à faible prix, et se rattraper avec les jeux à très forte marge
bénéficiaire. Les raisons du succès de la NES sont simples : une console
adaptée à la manipulation d’un enfant, simple, en avance
technologiquement, le tout pour un prix abordable. Pionnière et de fait
seule sur le marché, Nintendo peut alors régner en maître. Inonder le marché. En bon économiste, Hiroshi Yamauchi met tout en œuvre pour éviter une nouvelle crise. Trois équipes d’ingénieurs, graphistes et créateurs se dédient à la recherche et au développement, libres de créer sans contraintes économiques directes. Un seul mot d’ordre : innovation et qualité. De ces équipes sortiront des jeux légendaires comme Mario et Zelda. Un homme, Shigeru Miyamoto, le papa de ces deux séries à succès, symbolise ce foisonnement intellectuel. Il invente avec La Légende de Zelda (1986) le premier jeu à sauvegarde qui permet de reprendre la partie là où le joueur s’est arrêté donnant ainsi une nouvelle profondeur aux jeux. Obnubilé par la crise de 1983, Nintendo souhaite alors éviter toute surproduction et contrôler la qualité des jeux. Grâce à sa position dominante, Nintendo met alors en place un système de surveillance des éditeurs de jeux tiers : royalties, contrôle du contenu à tout moment, fabrication des cartouches par Nintendo et en nombre défini par elle et payées d’avance. A l’époque de la Nintendo64, Nintendo vendait ses cartouches vides aux éditeurs aux alentours de 50 F, alors qu’un CD revient à dix fois moins cher. Mais en période de forte concurrence avec Sony, qui a choisi le CD, la cartouche made in Nintendo garanti, elle, des revenus conséquents et palie des chiffres de vente décevants. Journalistes et analystes s’accordent à dire que, plus que la technologie, c’est la qualité et la diversité des jeux disponibles qui assure le succès d’une console. Les exemples de la Lynx ou la Jaguar, en leur temps supérieure techniquement à toute console existante mais sans ludothèque importante est sur ce point éclairant. L’erreur de Nintendo fut de croire qu’elle pouvait imposer sans fin sa loi aux éditeurs tiers, principaux fabricant des jeux en question. Comme le confirme de petits éditeurs, Nintendo préfère mettre en avant ses propres productions. Aujourd’hui encore, sur le site français de la marque3, les jeux produits par Nintendo sont plus présents que les productions internes des concurrents: sur les 324 jeux présentés, plus de 33% sont des jeux Nintendo contre 20% chez Sony, et seulement 15% chez Microsoft. Certes au début, des jeux novateurs comme les premiers Mario ou Zelda ont beaucoup soutenu les ventes et participé au succès de la NES et de la Super Nintendo. Mais le recyclage perpétuel de ces séries à partir de la fin 90 commence à lasser une partie du public. Sony, c’est branché. Sony sort sa première console en 1995, la PlaySation. De son coté, Nintendo accumule les retards chroniques pour sa Nintendo 64. Sony prend alors le contre-pied de Nintendo, et, tout en profitant de la bulle internet, affiche une nouvelle image jeune et branchée. La PlayStation est LA console à posséder pour ne pas être ringard. Avec un marketing surpuissant (affiches, pub télé, sponsor d’équipe de football), Sony fait entrer le jeu vidéo dans une ère de consommation de masse ; de nouveaux joueurs n’ayant jamais touché à Sega ni Nintendo rejoignent alors Sony. La nouvelle cible : les ados et les jeunes adultes ; les plus de 18 ans représentent vite plus de la moitié des possesseurs de PlayStation. Toujours à contrario de Nintendo, Sony joue la carte du nombre quitte à ne pas toujours assurer la qualité. Les éditeurs tiers, ainsi « libérés », et grâce aux ventes phénoménales de la PlayStation, se ruent sur Sony. Comme l’expliquent Alain et Frédéric Le Diberder, auteurs d’ouvrages sur le monde des jeux vidéo : « En 1997, les éditeurs de jeux avaient tranché, il y avait trois jeux PlayStation pour un jeu Sega, et encore moins d’une trentaine de jeux Nintendo. »4 L’ancien champion a du mal à réagir; d’autant plus que le marketing ravageur de la firme d’électronique finira d’achever Sega, qui elle subit échec sur échec avec ses dernières consoles. Sony domine alors sans partage. |
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3. Sur le site www.nintendo.fr, en Février 2003. 4. Alain et Frédéric Le Diberder « L’Univers des Jeux vidéo », La Découverte, 1998. |