La Commission européenne a autorisé la reprise d'une partie des actifs éditoriaux d'Editis (anciennement dénommé Vivendi Universal Publishing ou VUP) par le groupe français Lagardère. Telle qu'initialement notifiée, la reprise de la totalité d'Editis aurait conduit à la création ou au renforcement de positions dominantes sur de nombreux marchés constituant la chaîne du livre francophone tels que les droits d'édition, les services de diffusion et de distribution ainsi que la vente de livres aux revendeurs et par les grossistes. La décision de Lagardère de ne conserver qu'un nombre limité des actifs d'Editis a permis d'éliminer ces griefs. Editis est actuellement le premier pôle d'édition, de commercialisation et de distribution de livres de langue française. Lagardère, au travers de sa filiale Hachette Livre, est le deuxième acteur sur le marché. Le groupe est également actif dans la vente de livres au détail, la presse audiovisuelle ainsi que l'édition et la distribution de presse écrite. L'acquisition de l'ensemble des actifs d'édition d'Editis dans l'Union européenne et en Amérique latine, telle que notifiée à la Commission, aurait entraîné la création d' une entreprise largement dominante sur le marché avec un chiffre d'affaires sept fois plus important que celui de son concurrent le plus immédiat. L'enquête et l'analyse de la Commission ont démontré que le nouvel ensemble contrôlerait l'accès tant à la "matière première", c'est-à-dire aux auteurs reconnus dont les ventes font vivre un éditeur, qu'aux points de vente qui ne peuvent absorber, et encore moins "mettre en avant", qu'une partie limitée des ouvrages publiés chaque année. De plus, la suprématie du nouvel ensemble dans les activités de nature plus industrielle du secteur de l'édition la diffusion, la distribution et l'édition au format poche aurait mené à la création d'une industrie à deux vitesses : d'une part des éditeurs marginalisés et dépendants, n'ayant d'autre choix que de se consacrer à l'activité plus risquée de prospection et de création et, d'autre part, un groupe industriel intégré sur l'ensemble de la chaîne du livre et capable de s'accaparer les auteurs, une fois leur succès assuré, et de monopoliser la plus grande partie des rayonnages des détaillants. La transaction a d'ailleurs suscité des préoccupations sérieuses de la part de nombreux acteurs du secteur de l'édition francophone y compris des associations d'auteurs, de libraires (petits et grands) et de lecteurs ainsi que des éditeurs et des grossistes indépendants qui craignaient une réduction de l'offre éditoriale. De nombreux libraires ont également fait état de leurs craintes face au risque d'une baisse des remises qui leur sont consenties, pouvant mettre en cause l'existence même de certains points de vente. En réponse aux objections de la Commission Lagardère s'est engagé à ne conserver que les actifs suivants qui représentent environ 40% du chiffre d'affaires total d'Editis :
Sur la base de ces engagements, l'opération ne crée plus de problèmes de concurrence et peut donc être autorisée. La Commission n'a en effet rencontré des problèmes de concurrence que dans le secteur de l'édition francophone au sein duquel le groupe espagnol Anaya n'est pas présent. Par ailleurs, les actifs conservés sont présents sur des secteurs dans lesquels l'opération ne conduit pas à la création d'une position dominante (essentiellement les ouvrages universitaires et de référence). Les délais de vente accordés avec Lagardère restent confidentiels, ce qui est la règle dans les affaires ou le feu vert est conditionné à la cession d'actifs. Comme c'est également la règle, la Commission devra approuver l'identité du ou des acheteurs des actifs à céder afin de garantir le maintien d'une concurrence effective et durable sur les marchés en cause.
|
||||
| [Editis] |
|
|||