PARIS [AFP] - L'industrie du jeu vidéo en France est dans un état inquiétant et risque d'être éliminée d'un marché mondial de 30 milliards de dollars, en croissance de 15% par an, souligne un rapport à la ministre déléguée à l'Industrie, en recommandant une série de mesures pour attirer l'investissement en France. Ce rapport, dont l'AFP a pu se procurer une copie lundi, souligne que l'industrie du jeu vidéo, qui a dépassé le chiffre d'affaires du cinéma, constitue aussi un enjeu culturel, car elle occupe désormais une place prédominante dans les loisirs et l'imaginaire des jeunes. Ce secteur longtemps ignoré, parce que perçu comme marginal, est menacé en France, où les studios de développement ont vu leurs effectifs fondre de plus de moitié en seulement trois ans. Plus grave encore, les trois éditeurs français (Infogrames, Vivendi Games et Ubi Soft) qui figurent encore parmi les leaders mondiaux "ont en réalité transféré leurs principaux centres de production hors de France, quand ils n'ont pas déjà fait de même avec leurs centres de décision". Le problème est que le relais de l'investissement en France n'est pas du tout pris par les éditeurs internationaux. Le rapport élaboré à la demande de la ministre déléguée à l'Industrie Nicole Fontaine fixe ainsi pour objectif à la politique du gouvernement de "permettre que les studios installés en France, qu'ils soient français ou non, puissent développer des jeux à gros budget pour le compte des plus grands éditeurs internationaux". Dans le même temps, les cinq mesures concrètes proposées "ne doivent pas conduire à une mise sous perfusion du secteur", souligne le rapport, élaboré par Fabrice Fries, ancien directeur général adjoint de Vivendi Universal Publishing. Ces mesures représenteraient une dépense fiscale de l'ordre de 20 millions d'euros. Au premier rang des mesures proposées figure un crédit d'impôt, de l'ordre de 20%, sur les dépenses de développement de jeu réalisées en France. "Il s'agit moins d'alléger les charges des studios français que d'inciter les éditeurs internationaux à développer des jeux en France". Une autre mesure importante serait la mise en place d'un fonds de production, pour éviter que les éditeurs continuent à être les seuls banquiers du secteur, et partager le risque de la production originale. D'autre part, les développeurs de jeu vidéo devraient bénéficier d'une part croissante des aides à la recherche et à l'innovation. Les recherches réalisées dans le domaine de la réalité virtuelle, des moteurs de jeux, des jeux multi-utilisateurs, recourent encore très peu à ces aides, qui peuvent prendre la forme d'une économie d'impôt de 5% des dépenses de recherche. Le rapporteur appelle également les établissements bancaires spécialisés à s'intéresser davantage au secteur, notamment via le financement du coût de fabrication des jeux sur consoles. En effet, les éditeurs sont taxés par les fabricants de consoles d'une avance correspondant à 10 euros par unité de jeu mise en place. De leur coté, recommande le rapport, les entreprises du secteur pourraient "s'impliquer dans le débat en cours sur les contrats de projet", avec la définition de "garde-fous qui seuls rendront acceptables" ces contrats d'une durée minimale de 3 ans s'interrompant à l'achèvement d'un projet précis. Ces cinq mesures devraient, recommande le rapport, être prises rapidement, "parce que les écarts se creusent" avec les concurrents américains, mais aussi canadiens ou de pays à bas coûts. En outre, l'industrie française ne doit pas rater le tournant que représentera le renouvellement du parc de consoles, dans deux ans.
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