mardi, 26 décembre 2006

Les logiciels libres - ou l'émergence d'un nouveau modèle économique

 

 

Une nouvelle économie du logiciel est en train d'apparaître, à la suite de l'irruption de logiciels dits "libres" ou "open source". Les entreprises doivent aujourd'hui prendre en compte la percée incontestable de logiciels libres tels Linux ou Apache sur le marché informatique.

 

SOMMAIRE

  1. Mutualiser les recherches
  2. Un nouveau modèle économique
  3. Les limites de la liberté
  4. Une implication croissante de l'Anvar

 


 

Tout d'abord, une précision s'impose : logiciel "libre" ne signifie pas "gratuit" ou "non commercial". Aussi, le terme anglo-saxon, "open source" traduit mieux la spécificité de ce type de logiciel où le code source est accessible à chacun, ce qui n'est généralement pas le cas des logiciels de la sphère marchande, dits "propriétaires".

L'accès libre au code source implique également qu'il est possible d' apporter des modifications en vue de les utiliser à titre professionnel ou non.

Quelle que soit la manière de se procurer une copie d'un logiciel libre (gratuitement ou non), il est toujours permis de le copier, de le modifier, et même d'en vendre des copies. La liberté de distribuer des copies doit inclure les formes binaires ou exécutables du programme, que ce soit pour les versions modifiées ou non de celui-ci. Il existe toutefois quelques restrictions à cette liberté.

 

Au sens de la "Free Software Foundation", un logiciel est dit libre si la licence qui l'accompagne accorde aux utilisateurs les libertés suivantes :
  • liberté d'exécution sans restriction (temps, personnes, lieux, motifs...) ;
  • liberté d'étudier le fonctionnement du programme et de l'adapter à ses besoins propres ;
  • liberté de redistribuer des copies ;
  • liberté d'améliorer un logiciel et d'en diffuser les améliorations (tout en respectant l'intégrité du code source de l'auteur).

 

Mutualiser les recherches

Le principe du logiciel libre a été lancé il y a une vingtaine d'années dans les centres de recherches académiques, afin que la communauté mondiale des informaticiens puisse participer au développement et à l'amélioration des systèmes. Cette logique est similaire à celle des normes ouvertes en permettant la mutualisation des recherches et développements préconcurrentiels. Les logiciels libres connaissent un véritable essor dans les années quatre-vingt-dix et commencent à s'affirmer en termes de modèles économiques et de parts de marché.

Le plus célèbre d'entre eux est le système d'exploitation Linux, créé par Linus Torvalds, informaticien finnois. Au départ, ce système est assez proche d'Unix, mais il en a évité les défauts, consistant en particularités propres aux constructeurs : c'est ainsi que l'Unix de HP diffère de celui d'IBM, de Sun, etc. Linux s'affirme surtout comme un concurrent de taille face à Windows : tournant sur PC comme le système de Microsoft, son utilisation et sa diffusion non soumises aux droits d'auteur sont gratuites.

Le logiciel libre académique est aussi un outil pour l'éducation, la recherche et le prototypage. Il peut donner lieu à la valorisation de résultats, à la diffusion de composants innovants et participe à la structuration de communautés.

L'essor et la popularité des logiciels libres ont surtout tiré profit du développement de l'Internet, à la fois comme architecture de développement (par exemple, le serveur d'applications Apache qui représente plus de 70% des serveurs web installés) et comme mode de diffusion.

 

Un nouveau modèle économique

Entretien avec Jean-Michel Dalle,
professeur associé à Paris-VI et chercheur à Paris-IX Dauphine

« Les logiciels libres créent des opportunités nouvelles de développement, intermédiaires entre le modèle "académique" de la recherche publique et le modèle marchand des sociétés de services et des progiciels informatiques », explique Jean-Michel Dalle.

« Parce que l'information codée est aisément transmissible et collectivement améliorable, sa diffusion est aisée et justifie que l'on en concède le code source, contrairement à ce que l'on constate dans la sphère marchande. Par ailleurs, parce que les logiciels sont des investissements immatériels, source d'amélioration de l'efficacité économique, ils sont aussi des candidats naturels à l'échange marchand, qui fournit les bonnes incitations à leur production. Les logiciels libres organisent cette dualité de façon originale et contribuent ainsi à l'émergence de nouveaux modèles économiques. »

« Ils peuvent ainsi être déterminants pour restaurer la compétition sur des marchés caractérisés par de forts effets de réseaux et jouer alors le rôle de "génériques logiciels" en réduisant les coûts pour la collectivité. »

« Les logiciels libres pourraient alors favoriser l'apparition de véritables composants logiciels sur étagère, ou COTS (Components Off The Shelf), avec les économies qui en découlent. »

« Ils jouent un rôle croissant et peut-être clé dans l'évolution de l'organisation du secteur informatique, notamment vis-à-vis du rôle des ensembliers, intégrateurs ou constructeurs. On assiste ainsi à l'émergence d'une industrie informatique structurée sur un modèle de production, bâti à partir de composants logiciels open source, aisément adaptables à chaque besoin spécifique ou situation particulière, qu'il s'agisse d'une plate-forme matérielle ou d'un besoin applicatif client. »

« D'où l'apparition d'une économie dite de "bundles", liée notamment aux caractéristiques systémiques du produit logiciel en couches : à partir des logiciels de couches basses (systèmes d'exploitation, serveurs d'applications, middleware) et moyennes (langages et outils de développement). Ainsi les entreprises peuvent réaliser des progiciels applicatifs et/ou logiciels spécifiques, en adaptant le logiciel libre à un matériel donné d'une part, et d'autre part en développant des fonctionnalités métiers à partir des outils de développement et composants logiciels open source. »

« Mais, alors que les logiciels libres pourraient ainsi favoriser l'apparition d'éditeurs de composants libres ou ouverts, ce n'est pas ce qu'on observe le plus fréquemment aujourd'hui. On voit plutôt apparaître des SSLL (sociétés de services en logiciel libre), au point que ce modèle économique est parfois considéré à tort comme le seul viable », précise Jean-Michel Dalle.

 

Les limites de la liberté

Ce modèle économique est bien adapté aux Pme, qui représentent dans le secteur du logiciel en Europe, plus de 70% des emplois et de la richesse produite, deux tiers de ces entreprises comptent d'ailleurs moins de 10 salariés.

Le 24 septembre 2003, le Parlement européen approuvait le texte sur "la brevetabilité des inventions mises en œuvre par ordinateur".

Dans le contexte d'un secteur à évolution rapide comme celui du logiciel, le système des brevets apparaît moins adapté pour les Pme (délai de procédures, coûts, etc.). Il peut constituer, en revanche, pour les grandes entreprises, un outil juridique idéal pour freiner l'entrée sur le marché de concurrents innovants et ainsi renforcer des situations de monopole. Un résultat qui pourrait faire obstacle au développement du modèle économique bâti autour du logiciel libre.

 

Une implication croissante de l'Anvar

Pour l'Anvar, le soutien des entreprises actives dans le domaine des logiciels libres est une problématique montante, surtout à partir de 2002, comme le rappelle Jean-Christophe Gougeon, de la direction de la technologie à l'Anvar.

Sur la période 2000-2003, l'Agence a soutenu une cinquantaine de projets pour un montant d'environ 2,4 M€.

Parmi les projets de logiciels libres présentés à l'Anvar, on trouve :

  • des applications prévues pour être multi plates-formes (Windows, Mac-OS et Linux)
  • des progiciels spécifiques Linux (par ex. de comptabilité)
  • des développements de briques (composants open source) en vue d'être intégrées soit dans des solutions totalement libres, soit dans des solutions propriétaires.

 

RNTL

Appel à propositions
du Réseau national des technologies logicielles

Le RNTL vise à inciter et à soutenir des projets de collaboration recherche-industrie technologiquement innovants qui ouvrent des perspectives industrielles importantes dans les métiers et applications du logiciel. Afin de favoriser plus fortement la participation des Pme de technologies innovantes aux appels à projets du RNTL (ou du RNRT), l'Anvar a lancé, à titre expérimental, une aide spécifique à la faisabilité du montage de tels projets.
  • 14 mars 2003 : Publication des projets labellisés du premier appel 2003 ouvert à tous types de projets.
     
  • 16/17 octobre 2003 : Présentations des Journées RNTL 2003.
     
  • 18 décembre 2003 : Publication des projets labellisés du second appel 2003 ouvert aux projets pré-compétitifs et aux plates-formes pré- compétitives.

Pour en savoir plus : Consultez le site du ministère délégué à l'Industrie

Les Journées Nationales 2004 du RNTL se tiendront les 5 et 6 octobre 2004 à Rennes.

Contact Anvar (technologies logicielles, suivi du RNTL) :
Direction de la technologie : Jean-Christophe Gougeon
Tél. : 01 40 17 83 00 - dt@anvar.fr

Pour en savoir plus : Bilan sectoriel Anvar sur les technologies logicielles

 

[Anvar]