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Médiamétrie
  

Les enfants de l'écran

Analyse Médiamétrie

 

Edition du 05.05.08 

 

 

Il est courant d’entendre déplorer la dépendance des enfants vis-à-vis des écrans. Celui de la télévision, depuis longtemps ; ceux aussi, désormais, de la console de jeux, de l’ordinateur, du portable, du baladeur. Les parents s’en plaignent. Les éducateurs et les psychologues prennent le relais et dénoncent ce qui leur parait relever d’une véritable addiction. Il est intéressant d’y voir clair. Les données dont dispose Médiamétrie à travers les résultats de l’enquête Media In Life croisés avec ceux de la Référence des équipements multimédias et du Médiamat permettent de faire le point.

 

 

Le peuple des jeunes, « C ki » ?

D’abord, combien sont-ils ces enfants de l’écran ? L’INSEE nous dit que l’effectif des moins de 18 ans représente 12 750 000 individus soit 22,5 % de la population française. La tranche des moins de 3 ans compte 2 310 000 (petites) personnes ; celle des 4-10 ans en représente environ 5 300 000 ; les 11-14 ans sont quelque 2 900 000 ; le reste soit 2 300 000 est constitué par les 15-17 ans. Précision complémentaire : toutes tranches d’âge confondues, les garçons représentent 51 % de l’effectif pour 49 % de filles.

L’environnement familial constitue une donnée importante. Et notamment la question de savoir si l’enfant appartient ou non à une fratrie. Réponse : 37 % des 0-3 ans sont enfants uniques. Comme il s’agit souvent de la première naissance, cela n’a rien d’étonnant. Mais 41 % des 15-17 ans possèdent le privilège douteux d’être seuls avec leurs parents, à un âge où la compagnie d’un(e) ou plusieurs frères ou sœurs serait sans doute précieuse quand déferlent les émotions et le stress d’un jeune garçon, d’une jeune fille qui sort de sa chrysalide.

Les foyers comptent en majorité (76 %) 4 personnes ou davantage. Mais 13 % de la population des moins de 18 ans vivent dans une famille monoparentale ; et cette proportion passe à 16/17 % pour les plus de 11 ans. Si bien que la structure familiale tend à se modifier fortement pour 1 enfant sur 6 à un moment où dans la tête de ces mineurs tout un monde se construit ou se déconstruit.

     

Enfin le profil sociodémographique des foyers concernés fait apparaître, par rapport aux données nationales, une relative domination des CSP+ (50 %) par rapport aux CSP- (43 %). Ce qui tendrait à confirmer que faire des enfants coûte cher malgré les aides sociales et qu’il faut en avoir les moyens. A signaler également l’importance du statut de la maman, souvent mis en exergue par les professionnels de l’enfance. Ici encore, on constate que ce sont les classes socioculturelles plutôt élevées qui délèguent la mère pour accompagner au foyer les enfants dans la découverte du monde.

 

Cinq écrans au moins

Un constat dominant : l’entrée dans les foyers des biens numériques est souvent liée à la présence des enfants. Qu’il s’agisse de l’équipement télé, de la TNT, du câble, du satellite, de l’ADSL et surtout, beaucoup plus encore, du téléphone mobile, de l’ordinateur et de l’Internet haut débit, la proportion des foyers équipés est supérieure là où vivent des enfants de moins de 15 ans par rapport aux foyers sans enfant de cette tranche d’âge.

 

 

Le premier écran demeure naturellement celui de la télévision, avec 99 % des foyers qui en sont équipés ; un écran qui s’est enrichi puisque les foyers dotés d’enfants de moins de 15 ans sont nombreux (30 %) à avoir accès aux chaînes thématiques, par câble (9,6 %) et surtout par satellite (18,6 %) ; sans oublier que cet équipement est en phase de renouvellement, que l’on remplace de plus en plus souvent par un écran plat HD ou par un Home Cinéma (21,4 %) le téléviseur du salon (25,5%) et que ce dernier prend 9 fois sur 10 sa retraite dans la chambre des enfants.

Le deuxième équipement, par ordre d’importance décroissante, est le téléphone mobile, présent dans 98 % des foyers. Ici, l’âge des enfants importe peu ; ils sont tous amenés à voir leurs parents évoluer un mobile à l’oreille et c’est là un puissant facteur d’apprentissage à ce média. D’autant que le mobile devient, de plus en plus tôt, la propriété des enfants eux-mêmes. Certaines offres d’opérateurs, à travers des systèmes de forfaits bloqués, proposent au marché un petit téléphone portable personnalisable, très «doudou», qui s’ajuste bien à l’esprit des Lolitas – car les filles sont particulièrement fans du portable. De toute façon, le désir aigu des parents de rester au contact passe par ce lien, si bien qu’ils s’en équipent à mesure que leur progéniture grandit.

Pour le microordinateur (87,5 %) et l’Internet haut débit (61,1%), la proportion des foyers équipés augmente avec l’âge des enfants ; c’est encore plus vrai s’agissant du haut débit ; à l’évidence, l’insertion progressive de ces technologies dans le projet pédagogique joue un rôle non négligeable. Et ces foyers font souvent le choix d’un investissement de qualité, en phase avec l’air du temps. On ne mégote pas.

S’agissant de la TNT, dont 20,7 % des foyers sont équipés en moyenne, c’est là où vivent des enfants de moins de 11 ans que la proportion d’équipements de ce type est la plus élevée (22 à 23 % contre 15 à 17 % dans les tranches d’âge supérieures). C’est que l’accès à la TNT permet de se brancher sur une chaîne thématique, une chaîne jeunesse supplémentaire, en accès direct et pour un budget fixe puisque cela suppose uniquement l’acquisition d’un adaptateur. Pour la tranche des 11-14 ans, nés en un temps où la TNT n’existait pas, l’habitude a plutôt été prise par les parents de choisir une offre via le câble ou le satellite.

Cinquième écran : le baladeur MP3 sur lequel on peut avoir des images (59,1 %), et qu’on peut aussi charger de musique en recourant à l’ordinateur. Il est présent de plus en plus dans les foyers ainsi que la webcam (42,9 %). Sans oublier le système TV par ordinateur (30,5%), les clés USB TNT qui permettent d’accéder aussi aux images du grand écran sur un petit écran. La console de jeux n’est pas en reste. Elle connaît un développement foudroyant (75 % contre 21 % seulement dans les foyers sans enfant). Souvent, les enfants se font accompagner toute la journée par un écran en situation de mobilité, notamment cette console de jeux dont la technologie évolue sans cesse et dont les déclinaisons et les interfaçages rendent possible une adaptabilité en phase avec les attentes, faites d’un attrait ludique pour ces activités.

 

Tôt le matin et tard le soir

Quel usage ces enfants multi-équipés font-ils de leurs écrans et à quels moments de la journée ? Une tranche d’âge est particulièrement significative à ce sujet : celle des 13-14 ans, que Media In Life permet de suivre dans toutes leurs pratiques médias et multimédias de la journée.

Media In Life révèle que sur une journée moyenne l’activité média et multimédias des 13-14 ans commence dès avant 7 h du matin et finit après 23 h. Si bien que la durée de contact avec le monde extérieur et/ou avec l’imaginaire collectif (s’agissant des jeux vidéo) occupe une part très importante de la journée. Une journée très tactile, très riche. Les 13-14 ans marient les écrans tout au long. Ils restent en contact du lever au coucher avec la TV, ils écoutent aussi la radio, lisent la presse, regardent des vidéos, pianotent sur le clavier de l’ordinateur, téléphonent, se branchent sur Internet et écoutent (beaucoup) la musique ; à cet égard le baladeur MP3 les accompagne à double titre : la musique joue un rôle non négligeable dans leur construction identitaire et cette musique, qu’ils écoutent souvent en flux continu, leur sert de support d’échange avec les copains.

 

Les périodes et les jours : ça dépend de la scolarisation

Les jours non scolarisés (mercredi et week-end) exercent une influence amplificatrice sur ces pratiques médias pour les 13-14 ans, exception faite de la radio qui perd ces jours-là de 5 à 7 points ; mais la presse écrite (+ 2,7 à 3,3 points), la télévision (+ 9 à 12 points), Internet (+ 3,2 à 7,6 points) se trouvent dynamisés par les journées non scolaires. La consommation de la télévision reste le plus souvent accompagnée, et d’autant plus que les jours dont il s’agit ne sont pas travaillés pour les autres membres du foyer.

L’Internet, qui pour ces 13-14 ans est le deuxième écran (pratiqué les jours scolarisés par 31,5 %, le mercredi par 42,7 %, le week-end par 47,1 %) constitue, bien davantage que la télévision, une activité individuelle ; il donne envie de construire son propre monde en allant créer son blog ou télécharger sa musique. Les préadolescents aiment s’approprier cet univers. Le week-end, ils s’y aventurent seuls à hauteur de 26,6 %.

Quant aux autres pratiques multimédias, musique et téléphone, on peut dire qu’ils y sont véritablement «accros» notamment le mercredi et le week-end pendant lesquels ils s’adonnent largement à la pratique des jeux vidéo et/ou de la vidéo, ainsi que du téléphone qui devient ces jours-là une activité majeure (51,7 % et 46,2 %) presque à égalité avec la musique (52,2 % et 50,2 %). On comprend bien que le temps scolaire, qui norme plus étroitement la journée et induit un encadrement au foyer plus important, contraint la hiérarchie des pratiques, alors que le temps du répit ou du repos libère certaines d’entre elles et les intensifie.

 

Les enfants et la télévision : comme les adultes

Concernant la télévision il est intéressant de constater que les enfants – il s’agit cette fois de la tranche 4-14 ans – la consomment à peu près de la même façon que les adultes. Leur graphique d’audience de 6 h à 24 h est, comme pour ces derniers, une courbe «chameau» avec deux bosses : le pic du midi et celui du prime. Globalement, c’est le même chameau que pour l’ensemble des Français ! A trois nuances près : la consommation matinale des enfants (7-9 h) est plus importante que celle des adultes ; de même pour celle de la matinée ; et celle de l’après-midi commence bien plus tôt –dès 16 h au retour de l’école – que pour les adultes, qui ne s’installent massivement devant l’écran qu’à 18 h ou 18 h 30.      

Autre point qui mérite un détour : la consommation télé des 4-14 ans est plus importante que la moyenne dans les foyers disposant d’une offre élargie ; mais elle ne l’est pas beaucoup moins dans les foyers équipés Internet. Ce n’est pas parce qu’on a un écran Internet que l’on est moins fan de télévision. En définitive il n’y a pas vraiment de concurrence entre les écrans. Il peut tout au plus exister une concurrence dans les activités.

 

Le choix des programmes : fiction tous azimuts, chaînes jeunesse, chaînes musicales

Reste la question du choix des programmes. Sur les chaînes hertziennes nationales et pour l’ensemble des 4-14 ans, c’est la fiction qui l’emporte et probablement davantage pour les 11-14 ans que pour les plus jeunes. Au deuxième rang viennent les programmes jeunesse. Avec un bémol : la frontière est assez mince en matière de fiction entre les programmes spécifiquement destinés aux jeunes et ceux qui s’adressent aux adultes. Mais quand ils ont accès à un grand nombre de chaînes, notamment aux thématiques, les préférences des 4-14 ans concernent clairement les programmes jeunesse et les chaînes musicales, celles qui proposent des clips ou des concerts.

 

Communauté d’experts et socialisation inverse

En conclusion il est manifeste que les enfants développent un véritable appétit pour les écrans. Mais plutôt en tant que communauté d’experts. Même, ce sont eux en général qui éduquent leurs parents à la pratique des écrans à travers ce qu’on peut appeler une socialisation inverse. Et les parents s’y prêtent d’autant plus volontiers qu’eux-mêmes ont vécu la révolution numérique, l’avènement de l’ordinateur, celui de la console de jeux. A ceci près que les enfants sont beaucoup plus familiers qu’eux avec le maniement des technologies les plus récentes. Aujourd’hui, un enfant de 4 ans sait prendre une photo à partir d’un téléphone portable.

En réalité, les écrans aident les enfants à développer leur socialisation et à nourrir leur sociabilité. Ils leur permettent de rester en contact permanent avec leur tribu. Le commerce avec les écrans constitue aussi pour eux une façon de confronter avec ceux des autres membres de la tribu leurs propres ressentis vis-à-vis des changements qu’ils éprouvent. Le blog en est une illustration, qui alimente la richesse de leur vie sociale : on y parle des programmes télé que l’on a vus la veille et de bien autre chose.

En fin de compte, il se confirme que la relation des enfants aux écrans est nombreuse, multiple, combinatoire et probablement plus complexe qu’on ne l’imagine en général. Il ne faut pas nécessairement considérer les enfants comme des victimes passives, ni sous-estimer leur capacité à manipuler les images pour se construire. En tout cas une chose est certaine : les écrans prennent une part décisive, le monde étant ce qu’il est devenu, à l’apprentissage social des enfants. C’est à travers eux que se forment ces nouvelles générations médiatiques, voire post-médiatiques, qui auront à gérer notre futur.

 

 

Plus d'informations ? 
Natalie Bevan - nbevanmediametrie.fr 

 

 


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