Après notre dossier sur les différents métiers du jeu vidéo, la rédaction de l’AFJV a décidé de vous proposer l’avis et le point de vue de professionnels pour chaque métier. C’est pourquoi nous commençons cette rubrique par le métier du journalisme dans le jeu vidéo, très convoité par une partie des passionnés. Malgré les apparences, être journaliste n’est pas de tout repos et demandera plusieurs qualités indispensables. Comment réussir son entrée dans le secteur et avec quel(s) diplôme(s) ? Nous avons interrogé Gianni Molinaro - chef de rubrique actualités de Jeux Vidéo Magazine – qui éclaircira sans doute vos zones d’ombre avec son propre parcours.
AFJV : Pouvez-vous nous raconter une journée type dans la rédaction de Jeux Vidéo Magazine ?
Gianni Molinaro : Tout dépend de la progression du magazine. Sur une période de 4 semaines, on commence par faire une réunion entre les éléments de l’équipe pour décider des couvertures, des dossiers, établir un planning des tests, des actualités et par la suite nous éparpillons la totalité du contenu entre les personnes, en interne ou pigistes, tout en restant proche des préférences de chacun. Ensuite, au moment du bouclage, il faut souvent faire face aux impondérables (jeux repoussés, versions tests qui n’arrivent pas etc.). Il faut faire vraiment attention à ces imprévus pour ne pas bâcler le travail.
Il existe plusieurs postes comme pigiste, rédacteur ou encore rédacteur en chef. Pouvez-vous nous citer et expliquer les postes principaux du métier ?
Gianni Molinaro : Normalement dans toutes les rédactions, il y a un rédacteur en chef, des chefs de rubriques pour l’actualité (mon poste au sein de Jeux Vidéo Magazine), les tests de consoles de salon / PC et ceux pour les consoles nomades. Tout cela correspond aux personnes en interne auxquelles on ajoute le maquettiste, la secrétaire de rédaction, nos rédacteurs pigistes qui travaillent régulièrement avec nous ainsi que d’autres personnes qui sont sur plusieurs magazines du groupe. Des renforts peuvent arriver pour que l’ensemble tourne bien.
En ce qui concerne le rédacteur en chef, il a une vision d’ensemble. C’est lui qui décide des sujets, de la pagination, de la gestion des publicités et sert de lien avec les éditeurs. C’est celui qui fait attention, qui chapote et qui place les accroches sur la couverture puisqu’il sait attirer l’œil du lecteur.
Comment les pigistes sont-ils rémunérés ?
Gianni Molinaro : Pour celui qui est pigiste, le salaire peut être variable selon sa mobilité, sa qualité et suivant le fait qu’il travaille pour plusieurs magazines ou non. Je l’étais il y a 2 ans et on peut se retrouver avec des mois complètement mauvais à cause d’un manque d’actualité ou parce que l’on a pris des vacances. A contrario, on peut aussi avoir des mois où l’on triple, voir quadruple son salaire car les magazines proposent plus de contenus et parce que l’actualité gonfle, surtout en période de Noël. Car oui, le pigiste est payé au signe ou au forfait selon les magazines.

Quelles sont les différences entre un magazine papier et un site Internet ? Y a-t-il des contraintes en plus dans le premier cas ?
Gianni Molinaro : J’ai passé un peu de temps sur des sites Internet. Les contraintes de la presse papier sont surtout liées au temps et à la place dans le magazine, car on ne peut pas s’étendre sur un article à cause des cadres déjà définis. On ne peut donc pas déborder puisqu’une maquette et une charte sont définies. Notre liberté est donc plus affectée dans la presse écrite. On a également moins de réactivité par rapport à Internet car nous sommes publiés tous les mois, même si parfois les éditeurs gardent des exclusivités pour nos rédactions.
Beaucoup de personnes pensent qu’il est nécessaire de faire une école de communication ou de journalisme pour faire ce métier. Vous par exemple, quel est votre parcours dans le milieu ?
Gianni Molinaro : Après le bac, j’ai fait deux facultés différentes où j’ai malheureusement échoué. Donc du coup j’ai voulu tenter le journalisme car cela m’intéressait fortement. Coup de chance, j’ai réussi le concours à l’ESJ de Paris – l’école supérieure de journalisme – donc j’y suis entré. A la fin de ma première année, j’étais assez proche des anciens de Joypad mais toute l’équipe est partie après que Yellow Media ai racheté le magazine, sauf quelques uns avec qui j’étais très copain. Ils m’ont proposé d’intégrer la barque Joypad à l’été 2003, ce à quoi je n’ai pas trouvé d’objection. Par la suite j’ai continué mes études tout en travaillant pour Joypad et l’officiel PlayStation 2, tout en étant pigiste pour Joystick, Kid Paddle et PSM 3. Il y a 2 ans et demi, on m’a demandé si je voulais être chef de rubrique sur Jeux Vidéo Magazine, question à laquelle j’ai répondu positivement. En plus de tout cela, j’ai aussi fait quelques reportages pour Game One dans le cadre de la PES League et une émission de télévision qui passait sur une chaîne de la Freebox. Voilà pour mon expérience dans le domaine. Mais ce qui m’intéresse avant toute chose et avant la presse écrite, c’est de faire de la radio, pas spécialement dans le jeu vidéo - même si cela reste une grande passion pour moi – car j’aime d’autres domaines comme la politique ou encore le sport.
Le diplôme de journalisme n’est donc pas une priorité ?
Gianni Molinaro : Non, ce n’est pas une priorité. Je sais qu’il y a quelques journalistes dans le milieu qui n’ont même pas le bac mais cela ne les empêche pas d’être de très bons journalistes. Ils savent écrire, connaissent leurs sujets, savent parfaitement hiérarchiser l’information et attirer les lecteurs. Le domaine du journalisme est vraiment assez spécial. Ce n’est pas quelque chose que l’on apprend et je sais de quoi je parle puisque j’ai fait une école de journalisme. Effectivement, en formation on nous apprend le jargon et l’histoire du journalisme mais j’ai plus appris sur le tas qu’à l’école. Donc non, il n’y a pas vraiment besoin d’un diplôme spécial mais il faut réussir à faire ses preuves face aux rédacteurs en chefs.
Quels sont, selon vous, les qualités requises et les défauts à proscrire pour faire un bon journaliste jeu vidéo ?
Gianni Molinaro : La passion est primordiale évidemment mais la qualité d’écriture reste le point le plus important surtout quand on voit que la jeunesse d’aujourd’hui écrit de plus en plus mal. Tout le monde fait des fautes d’orthographe mais cela a tendance à empirer. L’autre aspect à ne pas négliger : le contact humain tout simplement. Quelqu’un qui ira à une présentation d’un jeu, qui ne parlera pas avec le développeur et qui se contentera d’assister à la présentation sans être curieux n’apportera pas énormément de choses à ses lecteurs. Il faut une capacité à déchiffrer les messages des développeurs. Enfin, il faut bien suivre l’actualité du jeu vidéo depuis plus de 30 ans et s’ouvrir à tous les types de jeux et à toutes les plates-formes. Il faut surtout éviter d’être blasé et travailler pour soi. Par exemple, un rédacteur qui testera Naruto alors qu’il déteste la série devra être le plus objectif possible et ne devra pas exprimer ses propres goûts. Il faut savoir à qui l’on s’adresse. C’est vraiment quelque chose de très difficile mais absolument impératif
L’expérience dans le domaine est-elle importante ?
Gianni Molinaro : Tout cela dépend de la manière de recruter, et j’en suis assez extérieur, mais l’expérience doit aider. En général, quand un rédacteur travaille pour nous, c’est qu’il nous a déjà écrit quelque chose avant, nous a convaincu avec une lettre de motivation et un CV ou alors qu’il nous a été conseillé par une autre rédaction. Comme dans tous les milieux, il faut connaître du monde et faire marcher son réseau.
Avez-vous des conseils pour les personnes voulant intégrer une rédaction ? Comment doivent-elles s’y prendre ?
Gianni Molinaro : Il faut persévérer car il n’y a pas de secret. Il faut aussi connaître les bonnes personnes et taper dans l’œil de quelqu’un. Parfois, un site amateur peut suffire pour se faire voir mais il ne faut surtout pas que les gens qui ont envie de faire journaliste jeu vidéo imaginent que c’est un monde tout rose où l’on ne fait que jouer. Non, il y a beaucoup de stress, de contraintes liées aux éditeurs et tout cela demande énormément de travail. Le milieu est malheureusement bouché à l’heure actuelle car la presse va assez mal, donc c’est vraiment très compliqué d’y accéder. Il faut, comme j’ai dit, persévérer et tenter de créer ses propres idées si le secteur est fermé car des fois ça marche très bien.
On ne peut donc que vous conseiller de parfaire votre culture vidéoludique, de travailler votre expression pour ainsi mettre toutes vos chances de vos côtés. Et pourquoi pas, en bonus, s’exercer en tant que passionné dans les rédactions amatrices. Un gage d’expérience…
Propos recueillis par Jérémy Pichon
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