Un peu plus d’an après l’ouverture du marché des jeux d’argent en ligne en France, l’ensemble des opérateurs, membres du GESTE, tirent un bilan contrasté. Si l’offre légale est maintenant bien installée, des efforts restent encore à fournir, notamment en ce qui concerne le renforcement de l’attractivité de l’offre, mais le potentiel est bien là.
Depuis la promulgation de la loi du 12 mai 2010 sur les jeux en ligne et l'ouverture effective du marché :
- 35 opérateurs peuvent exploiter des jeux d'argent en ligne par 49 agréments (25 pour le poker, 16 pour les paris sportifs et 8 pour les paris hippiques).
- les Français ont misé sur les jeux en ligne à hauteur de 9,5 milliards d'euros, dont 1,5 milliard sur les paris sportifs (700.000 euros) et hippiques (800 000 euros), et environ 8 milliards sur le poker (cash game et droits d'entrée dans les tournois en ligne).
- 2,6 M de comptes joueurs actifs en cumulé et 3,5 M de comptes en .fr. (Depuis l’ouverture les paris sportifs sont en nette perte de vitesse. / Croissance modérée des joueurs sur le pari hippique. / Forte croissance initiale des joueurs de poker, mais stagnation début 2011). Source ARJEL
- La majorité de la demande est captée par l’offre légale. (Depuis un an, plus de 1000 sites non agréés ont été placés sous surveillance régulière de l’ARJEL, incluant 300 sites qui avaient déjà procédé au géo-blocage des joueurs français et près de 550 sites non agréés ayant été mis en demeure de cesser leur activité en France et ont procédé au géo-blocage des joueurs français avant saisine du juge, géo-blocages contrôlés régulièrement.)
(Source: NPA Conseil et données ARJEL)
Succès ou échec ? Pour faire un bilan, il faut revenir aux objectifs
Du point de vue du régulateur, l’ouverture du marché est un succès puisqu’avant la loi, l'essentiel des jeux de hasard et d'argent sur Internet étaient des jeux illégaux qui exposaient les consommateurs à des risques, le sport et les courses hippiques à des manipulations. Il y avait donc des risques majeurs d'ordre public et social. Le législateur a donc souhaité faire basculer cette demande de l'offre illégale vers l'offre légale. Avant la loi, environ 90-95% de la demande était captée par l’offre illégale sur le marché français, tendance qui s’est inversée suite à l’ouverture.
Vidéo : Le point de vue des autorités de régulation
Interviews vidéo d’Emmanuel Gabla (CSA), Jean-François Lamour (Député de Paris, ancien Ministre des sports) et Jean-François Vilotte (Président de l’ARJEL)
Du point de vue des joueurs, si l’ouverture a en effet permis le basculement rapide des comptes joueurs préexistants en « .com » vers les sites agréés en « .fr », l’offre française peine à attirer de nouveaux joueurs. Les joueurs, dans leur majorité, déplorent une réglementation trop stricte, limitant l’offre de paris (sportifs et hippiques) jugée insuffisante et rendant complexe et longue la création initiale des comptes joueur.
Les joueurs de poker experts, qui représentent plus de 80% du chiffre d’affaire des opérateurs, regrettent également d’être contingentés dans une offre trop réduite (peu de variantes autorisées, pas de possibilité de participer à des tournois internationaux,...). Les parieurs hippiques déplorent, quant à eux, un manque d’information homogène et claire. Il faudrait simplifier et surtout harmoniser les règles, selon les spécialistes.
Enfin, du côté des associations d’aide aux joueurs en difficulté, il y a une demande forte pour une information renforcée aux joueurs de la part des opérateurs sur les règles et les différences entre les offres en « .com » et les offres agréées en « .fr ». Egalement, une requête plus spécifique sur l’installation systématique de « hotlines » afin de rendre les opérateurs joignables à tout moment. Le dialogue est souvent difficile et les joueurs peinent à contacter les sites sur lesquels ils se sont inscrits.
Du point de vue des opérateurs, les conditions de marché ne sont pas suffisamment dynamiques. L’attractivité de l’offre française n’est pas encore à la hauteur des offres concurrentes, légales ou illégales, mais les facteurs de croissance sont nombreux et bien identifiés. Il s’agit avant tout de renforcer l’attractivité de l’offre pour conserver les joueurs dans l’offre légale tout en dynamisant le secteur. Un certain nombre de mesures doivent donc êtres adoptées rapidement pour que le marché continue de se développer de manière saine :
- Une évolution réglementaire, allant vers plus de souplesse et de simplicité doit être adoptée (par étape, comme en Italie), permettant notamment de déverrouiller l’offre de paris. Les possibilités d’innovation sont largement insuffisantes. Le nombre d’évènement sur lesquels il est possible de parier et les possibilités de paris sur un évènement donné sont beaucoup trop limités). Selon certains opérateurs, une évolution sur ce point permettrait à lui seul un gain d’au moins 50% d’activité.
- Une simplification des modalités d’enregistrement des joueurs doit être trouvée afin d’alléger le parcours d’inscription, jugé comme le plus long et le plus complexe de tous les pays européens. Là encore, il existe un potentiel de croissance important.
- Une reforme de la fiscalité alignée sur les autres pays s’impose également. La fiscalité lourde appliquée aux opérateurs français, par rapport à leurs homologues européens, risque de limiter le développement du marché et de provoquer la disparition d’un grand nombre des opérateurs de jeu ayant obtenu un agrément. Sur ce point, le GESTE soutient la proposition du député Lamour de substituer, pour les jeux et paris en ligne, à l'assiette basée sur les mises une assiette basée sur le produit brut des jeux (PBJ) et d’adapter le taux du prélèvement à la compétition européenne (en retenant un taux fixé à 20 % du PBJ).
- Un renforcement des liens avec les fédérations sportives doit être mis en place pour trouver des synergies et établir les bases d’une relation durable et gagnante (Win/Win). Le fort pouvoir d’attraction des rendez-vous sportifs fédérateurs (ex. Coupe du Monde de Football de juin 2010 = 14,5M€ de paris en ligne sur FDJ) est un facteur de croissance important. Les opérateurs de jeux en ligne doivent contribuer de manière positive au développement des sports et des manifestations sur lesquelles ils s’appuient et bénéficier en retour des images. C’est ce qu’attendent les joueurs.
- Un encadrement et une réglementation qui doivent rester souple en matière de publicité et de communication grand public. Le principe de l’autorégulation, telle que mise en œuvre, dès le départ, par le CSA doit continuer de s’appliquer. Selon les données publicitaires Yacast (dépenses brutes des annonceurs), entre la semaine du 7 juin 2010 (ouverture du marché) et le 7 juin 2011, les acteurs du marché du jeu en ligne ont déjà investi près de 256 M€ bruts dans des campagnes de communication en télévision, presse et radio. L’investissement sur internet représenterait quant à lui plus de 325 M€ sur l’année d’activité soit 56% du total des investissements (même si ces chiffres sont difficilement mesurables, il s’agit d’estimations).
- Un accès facilité à l’usage des nouvelles technologies. L’arrivée généralisée de l’IPTV et des TV connectées, permettant le placement de paris sur Internet en regardant la TV, le développement des smartphones et le placement de paris à distance, le live betting doivent être facilités et encouragés car c’est une demande forte des joueurs aujourd’hui et demain.
« La seconde édition des assises des jeux d’argent en ligne, qui vient de réunir l’ensemble des acteurs du secteur, a permis d’identifier un nombre important de leviers sur lesquels il est important d’agir rapidement. L’ajustement de la fiscalité pour s’aligner sur les pratiques de nos voisins européens directs, la fluidification du parcours client et une offre de jeu plus attractive sont par exemple clé si nous voulons éviter qu’une partie importante de l’activité de jeu en ligne retombe dans l’illégalité. La clause de revoyure de la loi du 12 mai 2010 sur les jeux en ligne nous donne l’occasion de travailler sur ces différents points. Cela n’est l’intérêt de personne (ni des joueurs, ni des opérateurs, ni de l’Etat) de laisser le marché s’effondrer. » commente Oliver KUHN, président de la commission jeux en ligne du GESTE.
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