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Ultima : une exploration, exposition du jeu vidéo par Pierre Giner

Nantes, du 3 juillet au 30 septembre 2015


Né d'une fantaisie de laboratoire, d'un calculateur balistique, distribué dans l'ombre des salles d'arcade avant d'envahir les salons, le jeu vidéo a poussé comme une mauvaise herbe sur le terrain des loisirs numériques : inutile, insignifiant, sulfureux et ignoré, pointé du doigt au moindre fait divers impliquant un adolescent adepte des shoot'em up, il lui aura fallu plus de cinq décennies pour sortir de l'underground. Économiquement d'abord - l'industrie du jeu vidéo dépasse le chiffre d'affaires du cinéma et pèse des milliards. Socialement ensuite - le serious game ou jeu sérieux forme les écoliers comme les militaires américains, assiste les pilotes et les chirurgiens. Culturellement enfin - il s'est infiltré partout, du cinéma à la musique, envahissant nos téléphones, réinventant les outils de contrôle, l'art et les usages.

Comme la photo, la radio, le cinéma et la télévision, le jeu vidéo est d'abord un média. Lui est né de l'ordinateur : son histoire, liée à l'évolution des technologies, est jalonnée par l'apparition de nouvelles consoles, toujours plus puissantes. Aujourd'hui, du mini-jeu sur smartphone à la superproduction d'un " triple A " à plusieurs centaines de millions d'euros, sa diversification est immense, à l'image de sa démocratisation. Pratique culturelle majeure (1h53 par jour en France en 2013), le jeu est désormais une culture à part entière. En témoignent l'insolente santé du jeu indé et des formats hybrides, alimentant sa créativité comme le cinéma indépendant travaille les blockbusters de Hollywood.

MuseoGames (image 1)MuseoGames (image 2)

Sous un ciel de vidéoprojecteurs, le Cnam Pays de la Loire et le lieu unique invitent à l'été 2015 à rejouer l'histoire du jeu vidéo avec Ultima, une exposition multimédia, interactive, évolutive et expérimentale qui présente une collection de plus d'une centaine de consoles, des plus mythiques aux plus éphémères, des interviews d'acteurs majeurs de l'industrie (Peter Molyneux, David Cage, Hideo Kojima, Bruno Bonnell, Philippe Ulrich, Frédéric Raynal, Anthony Roux), mais aussi d'historiens et théoriciens (Sophie Pène, Nicolas Nova, Milad Doueihi), de critiques et spécialistes des game studies (Gonzalo Frasca, Stéphane Natkin, Isabelle Arvers, Paola Antonelli, Thierry Perreau) ou d'artistes (Invader, Douglas Edric Stanley) qui ont détourné et se sont appropriés le langage des jeux vidéo.

Ultima n'est pas la salle de jeu de l'été à l'usine LU ! À travers un panorama de médias (papier, écran, vidéo, application interactive, frise chronologique augmentée), Ultima rafraîchit ses écrans tous les quarts d'heure pour proposer une nouvelle thématique, à base de jeux jouables, d'ingames, ou d'extraits vidéo. Comme le ferait un VJ spécialisé dans l'histoire et l'actualité du jeu vidéo.

Le parcours du visiteur est résolument éclaté en thématiques, comme autant de chapitres qui traversent l'histoire du média. La violence dans les jeux vidéo, la science-fiction, la politique ou encore l'économie sont ainsi abordées à partir des jeux eux-mêmes. De l'apparition de Pong jusqu'aux dernières créations avec lunettes de réalité virtuelle, de l'histoire du hardware à celle des formes et des gameplays, Ultima est l'exposition ultime sur le jeu vidéo, la dernière à balayer l'histoire du secteur, des origines à nos jours : sa culture, ses codes, son avenir, ses consoles mythiques, ses jeux cultes et ses personnages célèbres… Ultima est une exposition orchestrée par l'artiste Pierre Giner (pionnier des expositions "vidéoludiques"), avec le média des cultures hacktives Poptronics et le studio graphique Trafik.

La même fine équipe avait signé en 2010 Museogames, première exposition jouable dans une institution culturelle française, au musée des arts et métiers du Cnam, à Paris.

Play Again (image 1)Play Again (image 2)

Commissariat : Pierre Giner
Vernissage public : samedi 4 juillet 2015 à partir de 18h
Autour de l'exposition : Visite commentée par Pierre Giner, et traduite en LSF par ServiSigneS44, dimanche 5 juillet 2015 à 15h30 (accès libre)


Pierre Giner"Ce qui m'intéresse plutôt,
c'est la façon dont le jeu vidéo
se diffuse dans toute la société
et dont il influence notre imaginaire.
"

Pierre Giner


Par le passé, vous avez déjà conçu plusieurs expositions autour du jeu vidéo et de son histoire, notamment MuseoGames, présentée au musée des arts et métiers du Cnam en 2010-2011. De quelle façon Ultima se rattache-t-elle à ces expositions antérieures ?

Le terme " exposition " ne me satisfait pas pleinement, dans la mesure où je cherche précisément à éviter la muséification du matériau proposé, la fétichisation me semblant une chose peu intéressante. Pour moi, il s'agit d'abord de faire lieu et de dégager des problématiques - et, dans le domaine du jeu vidéo, le joueur me paraît être la première de ces problématiques. Avec MuseoGames, par exemple, j'ai ainsi tâché de concevoir une scénographie/installation autour du visiteur/joueur. Venant de l'art contemporain, je m'intéresse précisément à ce qui est contemporain dans le jeu vidéo, en essayant de l'appréhender dans toutes ses dimensions (historique, politique, économique…) et, surtout, de sortir du débat très étriqué et stérile qui oppose les fans et les détracteurs. Ma démarche tend au contraire à élargir le champ de la perception, en prenant du recul et en privilégiant des objets et des points de vue singuliers. Je me moque un peu de savoir si le jeu vidéo doit être considéré ou pas comme un objet artistique : ce qui m'intéresse plutôt, c'est la façon dont il se diffuse dans toute la société et dont il influence notre imaginaire. Ultima va prendre une forme très ample, avec plusieurs types de contenus, impliquant par exemple des philosophes, des créateurs de jeux, des commissaires d'expositions…

Comment vous attachez-vous à mettre en scène et en espace ces différents contenus ?
Quelles possibilités particulières offre, à cet égard, le lieu unique ?

De manière générale, le projet d'Ultima se fonde sur l'envie d'une écriture très libre, permettant de montrer tout ce qu'on veut et de voir ce que cela produit. Le défi est de parvenir à scénariser et à scénographier tout le matériau rassemblé afin de le rendre à la fois jouable, visible, lisible, consultable, pensable… Ça m'intéresse beaucoup de voir comment on peut jouer une exposition et comment une exposition peut se jouer de l'espace et de sa syntaxe. Tout le plafond de la salle d'exposition du lieu unique sera transformé en une sorte de voûte électronique, recouverte de 12 écrans qui pourront projeter 12 jeux vidéo, découpés en séquences. Ces écrans s'allumeront et s'éteindront en alternance, pour relancer de nouvelles séquences et de nouveaux sujets. Les visiteurs pourront jouer, mais en position allongée… Sur le long mur séparant la salle d'exposition et la salle de spectacle, divers documents (visuels ou textuels) seront déployés pour construire un récit historique, et, sur un autre mur, une sorte de collection d'objets sera donnée à voir - l'objet occupant une place centrale dans notre rapport aux jeux vidéo. Chacun est rentré dans l'histoire du jeu vidéo à un moment particulier, via un objet particulier. L'exposition en elle-même est pensée comme un objet, ouvert le plus possible à l'expérimentation.

Informations pratiques

Adresse

le lieu unique
Quai Ferdinand-Favre, BP 21304
44013 Nantes cedex 01
www.lelieuunique.com
t. 02 40 12 14 34

Horaires d'ouverture de l'exposition

Dans le cadre du Voyage à Nantes,
du 3 juillet au 30 août 2015 :
lun-dim / 10h-19h

Du 30 août au 20 septembre 2015 :
mar-sam / 14h-19h
dim 15h-19h

Entrée libre

Publié le 24 avril 2015 par Emmanuel Forsans

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